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  • TUPIGNY
  • 1939-1945

Publié le - Mis à jour le

17 et 18 mai 1940, les chars défendent la vallée de l'Oise

Ayant traversé les Ardennes et atteint le département de l’Aisne le 15 mai 1940, l’essentiel des divisions blindées de la Wehrmacht traversent la Thiérache le 16 mai, prenant de vitesse une armée française débordée, et qui tarde surtout à comprendre que l’objectif de l’armée allemande est d’atteindre la côte picarde. Dès lors que les contours de cet axe d’attaque se dessinent, le Grand Quartier Général (GQG) de l’armée française envoie la 2e division cuirassée (DCR) dans l’Aisne, mais celle-ci reçoit rapidement des ordres contradictoires des généraux dont elle relève, et c’est de manière fractionnée qu’elle se déploie.

Le monument de Tupigny, qui rend hommage aux équipages de chars de la 2e DCR engagés dans les combats des ponts de l’Oise du 17 au 19 mai 1940. ©CD02

Mais les moyens manquent pour mettre en œuvre cette mission. En effet, la 9e armée du général Giraud, à laquelle la 2e DCR est rattachée officiellement, ne dispose pas de divisions d’infanterie de réserve disponibles dans l’immédiat, et c’est donc les chars Hotchkiss de la 4e demi-brigade du lieutenant-colonel Golhen, composée des 14e et 27e bataillon de chars de combats (BCC), qui prennent en charge la défense des ponts le 16 mai, sous la supervision du général Delestraint, envoyé spécialement par le GQG pour coordonner l’action des chars entre Le Nouvion et La Fère.

Rapidement, les ponts de Oisy à Tupigny en passant par Etreux, Vénérolles et Hannapes sont pris en charge par les 2e et 3e compagnies du 14e BCC, les ponts de Grand-Verly à Origny-Sainte-Benoîte en passant par Vadencourt, Hauteville et Bernot par la 1ère et la 2e compagnie du 27e BCC. Fort heureusement elles sont renforcées dès le lendemain par des éléments de la 9e division d’infanterie motorisée (9e DIM) et par ce qu’il reste des 1re et 4e division d’infanterie nord-africaine (DINA). Dans la journée du 16 mai, ils sont rejoints par les chars B1 Bis des 2e et 3e compagnies du 8e BCC qui viennent les épauler aux ponts de Guise, Vadencourt, Ribemont, Origny-Sainte-Benoîte et Moÿ-de l’Aisne, tandis que les ponts jusqu’à La Fère sont gardés par la 1ère compagnie du 14e BCC.

Cette décision fait enrager le général Guderian qui préfère donner sa démission que de perdre ainsi l’avantage, et il faut attendre le 17 mai dans l’après-midi pour que son commandement lui soit rendu et que l’avance vers l’Ouest puisse reprendre « officiellement », les éléments de tête n’ayant pas attendu pour avancer. Est-ce que cette situation aurait pu permettre aux troupes françaises de se renforcer sur l’Oise ? Selon toute probabilité, cela n’aurait rien changé, car sans unités de réserves à proximité, l’armée française n’aurait pas pu renforcer son dispositif.

Quoi qu’il en soit, si les divisions blindées de Guderian n’ont pas encore traversé l’Oise le 16 mai au soir, la 6e PzD de son côté, qui appartient au XLI Armeekorps (mot.) du général Reinhardt, toujours en pointe depuis le 15 mai, attaque Guise dans la soirée. Reprenant sa marche dès le lendemain matin, les premières automitrailleuses de la 6e PzD abordent l’Oise à Origny-Sainte-Benoîte et les chars les rejoignent peu après : la traversée de la vallée allait se faire en combattant.

Conclusion

Bien que les chars de la 2e DCR aient fait tout leur possible pour tenir la vallée de l’Oise, la défense du Vermandois était presque impossible. Individuellement, ces chars se sont battus avec courage mais sans infanterie, sans soutien d’artillerie ni même de colonne de ravitaillement en essence et en munitions, ils ne pouvaient sans doute faire mieux. La rapidité de l’avance allemande ne sera pas sans conséquences, puisque le flanc sud du XIXe Armeekorps (mot.) du général Guderian sera fragilisé quelques jours et devra faire face à des tentatives de contre-attaques françaises le 19 mai à Essigny-le-Grand, par ce qu’il reste de la 2e DCR, et à Crécy-sur-Serre par la 4e DCR, le haut-commandement de l’armée française ayant compris trop tard l’intérêt de disposer de réserves mobiles et puissantes pour contre-attaquer.

Une borne pour la mémoire


Inauguration borne Aisne Terre de mémoire à Tupigny ©CD02

Dans le cadre des commémorations du 82e anniversaire de la Bataille de France, et afin de mettre en lumière les combattants et les équipages de chars qui luttèrent pour défendre la vallée de l’Oise, une borne du réseau départemental « Aisne Terre de Mémoire » a été inaugurée en ce lieu le 17 mai 2022.

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