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  • SAINT-ALGIS
  • 1939-1945

Publié le - Mis à jour le

7 juillet 1944, l’attaque du maquis de La Coupille

Installé depuis la fin de l’année 1943 au moulin de La Coupille, le maquis de Saint-Algis réceptionne des parachutages et effectue des livraisons d’armes pour de nombreux réseaux de résistance dans l’Aisne, jusqu’à ce qu’il soit attaqué par les troupes allemandes le 7 juillet 1944, alors qu’une partie des maquisards étaient partis réceptionner un parachutage.

Les maquisards de Saint-Algis ©Archives du Musée de la Résistance et de la Déportation de Tergnier

La genèse d’un maquis

Dès 1941, des armes et des munitions sont récupérées et camouflées par les résistants de Thiérache ainsi que des mines et explosifs de l’armée française abandonnés lors des combats de 1940. Comme partout, la Résistance s’organise peu à peu et c’est en novembre 1941 que le docteur Pierre Fresnel, qui habite à Hirson, est contacté afin d’organiser la Résistance dans l’arrondissement de Vervins sous l’égide du réseau « Confrérie Notre-Dame ». Ce réseau dépend alors du Service de Renseignements de la France Libre, qui deviendra plus tard, le Bureau Central de Renseignements et d’Action (B.C.R.A.), et vise à recueillir des renseignements sur les troupes d’occupation allemande et leurs mouvements dans la région. Un mois plus tard, il reçoit la visite de Pierre Pène, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées à Laon qui met alors sur pied l’Organisation Civile et Militaire, et un comité s’organise pour diriger cette organisation en Thiérache. Un agent d’assurance d’Hirson, Jean Merlin, est également chargé par le comité d’organiser la partie militaire du mouvement, et notamment de rechercher des terrains d’atterrissage et de parachutage qui seront ensuite homologués par Londres.

Jusqu’en novembre 1943, le poste de commandement du réseau de Résistance qui s’est tissé en Thiérache est installé à la clinique du docteur Fresnel à Hirson, tandis que les armes et le matériel sont entreposés dans les locaux de la maison Pelle et Merlin, rue Camille Desmoulins et rue du Quatre septembre à Hirson. Malheureusement le 9 décembre 1943, Pierre Fresnel est arrêté, mais libéré trois semaines plus tard et placé sous surveillance, toute reprise de contact avec lui restait dangereuse. Aussi à la fin de l’année 1943, face au besoin de constituer de nouveaux dépôts d’armes, mais aussi de disposer d’un lieu à l’écart pour entraîner des hommes, organiser les parachutages et planifier l’action clandestine, il faut un nouveau poste de commandement au réseau. C’est alors que Georges et Marie-Thérèse Armand, qui habitent à la ferme du Moulin Neuf à Saint-Algis, proposent au docteur Morice Sablon, l’adjoint de Jean Merlin, d’installer un maquis dans un moulin désaffecté dont ils exploitent les terres, au lieu-dit La Coupille, ce qu’accepte ce dernier.

Les opérations à l’annonce du débarquement

L’attente des résistants du Groupement C ne sera pas longue, car les 27 mai et 1er juin 1944, des premiers messages d’alerte sont entendus sur les ondes de la B.B.C. : « La Sirène a les cheveux décolorés » et « La Cigale prend le métro », informant les résistants de l’imminence du débarquement à venir, et des mesures à prendre en conséquence. Afin d’entraver au maximum le déploiement des réserves opérationnelles allemandes vers la Normandie où doit avoir lieu le débarquement, différents plans sont en effet élaborés par le « Bloc Planning » du Bureau de Renseignements et d’Action de Londres (ex-B.C.R.A.), chargé de planifier en pratique la participation de la Résistance française dans le cadre de la stratégie alliée. Le 5 juin 1944, dès que la décision de lancer le débarquement le lendemain aux premières heures du jour est prise, 210 messages codés sont transmis à la Résistance française sur les ondes de la B.B.C. à partir de 21h15. Parmi eux, différents messages en fonction des régions appellent à l’application immédiate du plan Vert, destiné à paralyser le réseau ferroviaire par une série de sabotages. Est également mis en application le plan Tortue, destiné à paralyser le système routier dans le quart nord-ouest de la France, mais aussi le plan Violet qui prévoit le sabotage des lignes téléphoniques, le plan Bleu qui prévoit le sabotage des lignes à haute tension, ou encore le plan Rouge, qui signifie que l’insurrection armée de la Résistance doit être déclenchée.

Toutefois, dans l’arrondissement de Vervins, la mise en œuvre des consignes des Alliés pour perturber l’acheminement des renforts allemands vers la Normandie est sérieusement compromise. En effet, le 5 juin, le Docteur Fresnel est à nouveau arrêté à l’Entre-Deux-Bois près d’Etréaupont. Les services de sécurité allemands procèdent à près de 124 arrestations dans l’arrondissement de Vervins, et des chefs de secteurs sont arrêtés. Après quelques jours, ceux qui sont parvenus à passer entre les mailles du filet réussissent à se réorganiser pour mettre en application les différents ordres transmis par le haut commandement allié. Rapidement, les équipes de sabotages se mettent à pied d’œuvre, neutralisant de nombreuses lignes téléphoniques et voies de chemin de fer selon les plans Vert et Violet. En application du plan Tortue, de nombreux crève-pneus sont aussi répandus en de nombreux points des principales routes de l’arrondissement de Vervins, les panneaux indicateurs étant par ailleurs déplacés afin d’accroître la confusion des troupes allemandes. 

Les résistants du maquis de La Coupille ©Archives du Musée de la Résistance et de la Déportation de Tergnier
Les résistants du maquis de La Coupille ©Archives du Musée de la Résistance et de la Déportation de Tergnier
©Archives du Musée de la Résistance et de la Déportation de Tergnier

Après trois quarts d’heure d’un combat inégal, Jean Merlin décide que le moulin de La Coupille doit être abandonné et ordonne la destruction des 8 tonnes de matériel, d’armes et de munitions stockées dans les bâtiments. Tous les documents confidentiels sont détruits puis les opérateurs-radios rejoignent les combattants afin de tenter une sortie avec la poignée de maquisards survivants alors que les balles fusent au milieu des explosions, blessant Jean Merlin et le docteur Sablon. Equipés de leurs armes et de grenades, des groupes de 4 hommes sont constitués : Jean Merlin, les gendarmes Caron et Droit et l’opérateur-radio Marcel Annoepel s’apprêtent à sortir les premiers quand une balle tue ce dernier, puis c’est au tour d’André Droit de tomber, touché au ventre, alors que ses camarades réussissent à s’échapper. Vient ensuite le second groupe, composé du docteur Morice Sablon, de Raymond Lobry, de Alfred Carpentier, de Jacques Leblanc, et d’Hector Polvent, mais en bondissant ce dernier reçoit une balle dans la cuisse droite et doit être abandonné tandis qu’il couvre le repli de ses camarades. Le troisième groupe, composé de Camille Annoepel, de Michel Dehamme, Georges Staveley et Marceau Bailly, réussit à les suivre sans pertes. Au total ce sont dix résistants qui parviennent à s’échapper en suivant le cours de la rivière d’Ambercy, tandis que les troupes allemandes compteront quant à elles douze morts et dix-neuf blessés à l’issue de l’assaut.

Peu après la fin des combats, Florent Debuisson, capturé peu après le début de l’attaque, sera amené au moulin où il pourra voir les corps de ses camarades tués ou sur le point d’être achevés. Torturé et enfermé à la prison de Saint-Quentin, puis transféré au camp de Royallieu le 27 juillet 1944, il sera déporté le 17 août 1944 au camp de concentration de Buchenwald. Affecté au kommando de Gandersheim, il survivra aux marches de la mort vers le camp de Dachau en avril 1945 avant de rentrer en France. Dans les jours qui suivront l’attaque du maquis, la détermination des résistants ne sera pas entamée, et Camille Annoepel, Georges Staveley et Michel Dehamme, qui trouvèrent refuge à Iron chez M. et Mme Mathon, informèrent Pierre Deshayes de leur volonté de continuer la lutte. Quelques semaines plus tard, le PC clandestin du B.O.A. était réinstallé à Saint-Algis, chez Gérard Chauderlier. La répression continuera d’être violente de la part des troupes d’occupation allemande dans la région, et le 31 août 1944, des S.S. ayant été attaqués près de Saint-Algis viendront mettre le feu à sept maisons, assassinant le jeune Gabriel Dudin.

Une borne pour la mémoire


Borne Aisne Terre de mémoire Saint-Algis ©CD02

Dans le cadre des commémorations du 80e anniversaire de la Seconde Guerre mondiale, et afin de valoriser cette histoire et mettre en lumière ce monument, une borne du réseau départemental « Aisne Terre de Mémoire » a été inaugurée en ce lieu le 23 juin 2024.

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