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  • CHAUNY
  • 1939-1945

Publié le - Mis à jour le

Mars–Septembre 1944, le Groupement B des Forces Françaises de l’Intérieur de l’Aisne

Le 1er février 1944, le Comité Français de Libération Nationale appelle les réseaux à s’unir pour former les Forces Françaises de l’Intérieur (F.F.I.).

Les principaux responsables du groupement B des F.F.I. de l'Aisne

Dans la perspective du débarquement allié et de la libération du territoire métropolitain, cette décision vient parachever l’œuvre d’unification et de structuration de la résistance sur le plan militaire en différents groupements, et voit la création du groupement B de l’Aisne.

La constitution du Groupement B

Au mois de juillet 1944, les responsables de l’Armée Secrète (A.S.) de l’Aisne sont officiellement désignés à la tête des groupements de F.F.I. par le Délégué Militaire Départemental (D.M.D.) Jean-Marie de Sarrazin (1911-1972), alias « Auvergne ». Cinq groupements des F.F.I. existeront ainsi au moment de la Libération : le Groupement A (Arrondissement de Saint-Quentin), le Groupement B (Arrondissement de Laon), le Groupement C (Arrondissement de Vervins), le Groupement D (Arrondissement de Soissons) et le Groupement E (Arrondissement de Château-Thierry).

Destinés à recevoir depuis Londres les ordres émanant du général Koenig, commandant en chef des F.F.I., et à les mettre en œuvre en synchronisation avec les plans alliés, ces groupements devront ainsi combiner l’action des groupes de résistance. Cette nouvelle organisation, qui assure à tous les groupes de recevoir armes, munitions et matériel grâce à des parachutages que réceptionne le Bureau des Opérations Aériennes (B.O.A.), vise à renforcer l'efficacité de la résistance en vue de la Libération.

L’arrondissement de Laon voit alors de nombreux réseaux de résistance cohabiter, comme l’Armée Secrète (A.S.), le Noyautage des Administrations Publiques (N.A.P.), le réseau de renseignement Samson ou encore les Francs-Tireurs et Partisans Français (F.T.P.F.) avec notamment le groupe « Guy Môquet » d’Henri Pruvost. A ces réseaux se superposent les mouvements politiques de résistance, avec principalement l’Organisation Civile et Militaire (O.C.M.) et Libé-Nord autour de Lionel Lefèvre, Joseph Rault puis de Robert Cadeau.

A partir de 1942 et principalement 1943, tous ont mené, chacun à leur manière, diverses actions de résistance comme la collecte de renseignements, la diffusion de tracts, les sabotages, la récupération et le camouflage d’armes, mais aussi l’aide aux aviateurs et aux prisonniers évadés de manière générale. En effet, la situation de l’arrondissement de Laon (surtout du secteur Chauny-Tergnier) est particulière durant les premières années de l’occupation. Nœud ferroviaire à la limite entre la zone occupée et la zone interdite, ce secteur est un point de passage très fréquenté par les réfugiés, prisonniers évadés ou aviateurs alliés tombés en territoire occupé, ce qui a conduit à la création de nombreuses filières.

La carte du Groupement B ©Archives du Musée de la Résistance et de la Déportation de Tergnier
La carte du Groupement B
©Archives du Musée de la Résistance et de la Déportation de Tergnier

Les plans d’actions après l’annonce du débarquement

Après des années d’attentes pour certains, des mois passés à recruter les volontaires, accueillir les réfractaires au STO, diffuser des journaux clandestins, récupérer armes et de matériel depuis 1943, les résistants de l’Aisne allaient enfin pouvoir passer à l’action dans le cadre des plans établis par les Alliés.

Afin d’entraver au maximum le déploiement des réserves opérationnelles allemandes vers la Normandie où doit avoir lieu le débarquement, différents plans de mobilisation furent élaborés par le « Bloc Planning » du Bureau de Renseignement et d’Action de Londres (ex-B.C.R.A.), chargé de planifier en pratique la participation de la Résistance française dans le cadre de la stratégie alliée. Ces différents plans avaient eux-mêmes, au préalable, été approuvés par le général de Gaulle dans son « Instruction concernant l’emploi de la résistance sur le plan militaire au cours des opérations de Libération de la métropole » datée du 16 mai 1944. Le chef du Comité français de Libération Nationale est cependant conscient des capacités réelles de la résistance, et souhaite qu’une action progressive et dosée soit lancée le moment venu, afin d’éviter une insurrection générale qui serait sévèrement et rapidement réprimée par les troupes d’occupation allemande. Cet espoir disparaît toutefois le 2 juin 1944 lorsque le Supreme Headquarters of Allied Expeditionary Force (S.H.A.E.F.), le commandement suprême des troupes alliées en Europe, décide qu’en parallèle du débarquement, tous les plans prévus doivent être déclenchés de manière à semer une confusion généralisée dans les états-majors allemands, quel que soit le prix à payer par la résistance.

Le 5 juin 1944, dès que la décision de lancer le débarquement le lendemain aux premières heures du jour est prise, 210 messages codés sont transmis à la résistance française sur les ondes de la B.B.C. à partir de 21h15. Parmi eux, différents messages en fonction des régions appellent à l’application immédiate du plan Vert, destiné à paralyser le réseau ferroviaire par une série de sabotages. Est également mis en application le plan Tortue, destiné à paralyser le système routier dans le quart nord-ouest de la France. Deux autres plans sont aussi mis à exécution: le plan Violet qui prévoit le sabotage des lignes téléphoniques et le plan Bleu qui prévoit le sabotage des lignes à haute tension.

Le message le plus important est celui concernant le plan Rouge, qui signifie que l’insurrection armée de la résistance doit être déclenchée. Sur le principe de la guérilla, six zones difficilement accessibles doivent devenir des points de fixation à l’arrière du front allemand : le Morvan, le Massif Central, les Pyrénées, les Alpes, le Jura et les Vosges. Toutefois dès le 10 juin, l’état-major du général Koenig transmettra aux groupements de résistance l’ordre de freiner au maximum les actions de guérilla, ceux-ci n’étant effectivement pas en capacité de combattre pendant des mois en attendant l’arrivée des troupes alliées, et le commandement allié n’ayant pas les moyens ni la volonté de ravitailler en armes et en munitions une résistance dont la valeur combattante est encore, à leurs yeux, sujette à caution.

Dès le lendemain du débarquement, la répression allemande se durcit. Le 7 juin, à Coucy-le-Château-Auffrique, deux agents de la Gestapo se faisant passer pour deux membres du groupe d’Hirson, démantelé, réussissent à se faire recevoir par le résistant Paul Gautier. Le soir même, alors qu’ils écoutent la B.B.C., le garage de Paul Gautier est investi par les Allemands. Alors qu’il tente de fuir avec son beau-frère Daniel Lefèvre, ils sont abattus. Etroitement liés par leur situation géographique aux groupes de résistance du secteur de Noyon, les résistants du Groupement B seront aussi particulièrement touchés par l’attaque allemande du maquis des Usages à Crisolles (Oise), le 23 juin 1944, les Allemands multipliant les attaques de maquis durant l’été 1944 (La Coupille dans l’Aisne le 7 juillet 1944, mais aussi dans les départements des Alpes en juillet 1944).

Le Groupement B dans la Libération de l’Aisne

Dans les jours qui précèdent l’arrivée des troupes américaines sur le territoire axonais, aux sabotages de voies ferrées s'ajoutent le démontage de panneaux indicateurs routiers et la pose intensive de crampons crève-pneus. Le 24 août, les voies ferrées et les lignes téléphoniques entre Laon et Reims sont totalement coupées par les F.F.I., interrompant le trafic pendant trois jours. L’annonce de la Libération de Paris, à quelques heures de route de l’Aisne, galvanise les résistants qui redoublent d’efforts pour faciliter l’avancée des troupes alliées.

D’après les documents officiels de liquidation administrative du groupement B conservés au Service Historique de la Défense à Vincennes, ce sont 2 415 résistants F.F.I. qui constituaient, à la Libération, les effectifs du groupement B, sous les ordres de 114 officiers et sous-officiers. Après la Libération, le groupement B des F.F.I. déclarera avoir tué ou blessé 182 soldats allemands et capturé 543 prisonniers, déplorant de son coté 50 combattants F.F.I. tués.

Quant au sculpteur choisi pour réaliser les hauts-reliefs, il s’agit d’André Bizette-Lindet (1906-1998). Grand prix de Rome de sculpture en 1930, élève d’Antoine Injalbert puis de Paul Landowski, on lui doit les figures des portes de bronze du Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, mais aussi, dans le même registre que le monument de Chauny, la fresque représentant le Fezzan au sein du mémorial de la France combattante au Mont Valérien (92). Fruit de leur travail, le monument dédié aux Résistants et Déportés du Groupement B est inauguré à Chauny le 9 mai 1965 et honore encore aujourd’hui leur mémoire.

Une borne pour la mémoire


Borne Aisne Terre de mémoire Chauny ©CD02

Dans le cadre des commémorations du 80e anniversaire de la Seconde Guerre mondiale, et afin de valoriser cette histoire, une borne du réseau départemental « Aisne Terre de Mémoire » a été inaugurée en ce lieu le 27 mai 2024 à l’occasion de la Journée nationale de la Résistance.

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