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  • 1914-1918

Publié le - Mis à jour le

7 novembre 1918, la Pierre d'Haudroy et le cessez-le-feu

Le 7 novembre 1918 à 20 heures et 20 minutes, les plénipotentiaires allemands chargés de négocier l’armistice auprès des alliés arrivent en ces lieux pour y traverser la ligne de front, et le « cessez-le-feu » y est sonné par le caporal-clairon Pierre Sellier. Ce site historique est depuis un véritable symbole pour toute une génération de combattants français : celui où ils purent commencer à croire en la fin d’une guerre qui durait depuis plus de quatre ans.

Cérémonie du 7 novembre 1938 à la Pierre d’Haudroy avec le clairon Sellier ©Arch. dép. Aisne 2 Fi La Flamengrie 4

Une armée impériale en plein repli face aux armées alliées

À partir de l’été 1918, la situation militaire de l’Allemagne sur le front occidental se dégrade jour après jour sous l’effet de la supériorité des forces alliées, et le repli de l’armée allemande s’amorce peu à peu sur une grande partie du front occidental. Partout les Empires Centraux sont en train de céder face aux Alliés : le 30 octobre, l’Empire Ottoman signe un armistice avec les Alliés, suivi le 3 novembre par l’Autriche-Hongrie. Malgré plusieurs tentatives infructueuses pour obtenir la paix, le nouveau chancelier Maximilien de Bade (1867-1929) se voit finalement contraint de solliciter un armistice avant que le territoire allemand, déjà au bord de la révolution, ne soit lui-même envahi par les Alliés.

Après avoir envoyé plusieurs messages au président américain Woodrow Wilson, une réponse permettant de croire en un armistice finit par arriver le 5 novembre en début d’après-midi : le secrétaire d’État américain Robert Lansing remet en effet à l’ambassadeur de Suisse un message sans équivoque : le maréchal Ferdinand Foch est autorisé par le gouvernement des Etats-Unis et par les gouvernements alliés à recevoir les représentants du gouvernement allemand, et à leur communiquer les conditions d’un armistice.

Dans la nuit du 6 au 7 novembre, le maréchal Foch est informé par radio de la composition de la délégation allemande et de sa venue, l’état-major de la 1ère armée française est alors immédiatement averti du prochain passage de cette délégation, et de la suspension d’armes nécessaire pour la laisser passer.

L’arrivée des plénipotentiaires allemands

Le 7 novembre 1918, les troupes françaises qui occupent le secteur de La Capelle sont celles de la 166e division d’infanterie. Elles font face aux troupes allemandes qui se replient peu à peu, couvertes par des groupes de mitrailleuses destinées à ralentir l’avance des Français. A 6h00 du matin, l’état-major de la 1ère armée ayant été informé de l’arrivée prochaine de la délégation allemande, ordre est donné au 171e régiment d’infanterie de s’arrêter sur la route nationale n° 2 de La Capelle à Vervins, pour y laisser passer des parlementaires allemands à 8h30 : 

« Vers huit heures, une auto transportant des plénipotentiaires allemands se présentera sur la route de La Capelle. Les traiter avec tous les égards. Cessez-le-feu »

Toutefois, à 10h00, aucune délégation n’est encore passée et quatre soldats allemands sans armes sont même capturés vers 14h45, déclarant que l’armistice est signé depuis 13h30 et qu’ils ont reçu l’ordre de cessez-le-feu. Cette information est rapidement confirmée par un officier de cavalerie allemand, le lieutenant Von Jacobi, qui arrive peu après, portant un brassard blanc au bras. Bien informé, ce dernier leur apprend qu’en raison du mauvais état des routes, la délégation allemande aura cependant du retard et n’arrivera probablement que vers 17h00. Avec l’autorisation du capitaine Marius Lhuillier, commandant le 1er bataillon du 171e RI, il regagne ensuite les lignes allemandes tandis que l’attente reprend pour les hommes sur le front.

Il est 20h20 quand le capitaine Lhuillier, accompagné du lieutenant Hengy, leur fait alors signe de s’arrêter, tandis que le lieutenant Von Jacobi, revenu à bord de la première voiture, invite le général de Winterfeldt à descendre de la seconde voiture, et à se présenter :

« Mon commandant, je m’excuse d’être en retard, les routes mauvaises en sont cause, puis-je faire les présentations ? »

« Non mon Général, répond le capitaine Lhuillier, je n’ai pas qualité pour vous recevoir officiellement, veuillez remonter en voiture, je vous prie et me suivre. Je vais vous conduire au commandant des avant-postes. »

Arrivées au croisement de la route nationale n° 2 et de la route venant de Buironfosse, les voitures effectuent un arrêt auprès du commandant Ducornez du 19e BCP, commandant des avant-postes, avant de reprendre leur route, escortées par le lieutenant-colonel Marquet du 171e RI. Ensemble ils arrivent à la villa Pasques où ils sont reçus par le commandant De Bourbon Busset, chef du 2e bureau de l’état-major de la 1ère armée. C’est alors que deux des voitures allemandes sont renvoyées avec leurs occupants, les plénipotentiaires étant désormais pris en charge par l’armée française pour être conduits auprès du maréchal Foch, sans que l’endroit où on les emmène soit révélé.

Le caporal-clairon Sellier

Le caporal-clairon Pierre Sellier le 7 novembre 1938 ©Arch. dép. Territoire de Belfort

Natif de Beaucourt dans le Territoire de Belfort, Pierre Sellier (1892-1949) fut soldat puis clairon au sein du 171e RI à partir de 1915, puis nommé caporal en 1918, et reçut plusieurs blessures durant la guerre. Démobilisé, il devient célèbre pour avoir été « le clairon de l’armistice » et reçoit de nombreuses sollicitations, notamment pour faire une tournée aux États-Unis. Les Américains lui proposent même de racheter son clairon mais il préfère en faire don au Musée de l’Armée en 1925, où il est toujours conservé. Depuis cette date et jusqu’à sa mort, c’est avec un clairon offert par la Maison Couesnon, désormais conservé aux Collections départementales de l’Aisne, qu’il viendra chaque année lors des cérémonies à la Pierre d’Haudroy, pour entonner la sonnerie du cessez-le-feu. Depuis 2008, le collège de La Capelle porte son nom.

 

 

 

 

 

 

Le 8 novembre à 5h30, leur train ralentit puis s’arrête dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne. Sur une voie parallèle se trouve le train de commandement du maréchal Foch, et un cheminement en caillebotis de bois permet de s’y rendre dans la boue. Ils sont reçus à 9h00 par le maréchal Foch, le général Maxime Weygand, le commandant Riedinger, le capitaine Jean de Mierry, le capitaine Boutal et le lieutenant Paul Laperche (interprète) pour la délégation française. Les Alliés sont quant à eux représentés par l’amiral Sir Rosslyn Wemyss, premier lord de l’Amirauté britannique, accompagné du contre-amiral Georges Hope, du capitaine de vaisseau Mariott et du commander Walter Bagot (interprète).

L’entrevue est devenue célèbre pour la froideur et la formulation particulière des échanges auxquels tenait le maréchal Foch, et qui ont été rapportés par le général Mordacq. En effet, à la demande de Matthias Erzberger de connaître les propositions des Alliés en vue d’arriver à un armistice, le maréchal Foch répond qu’il n’a aucune proposition à faire, à la grande surprise de la délégation allemande, à qui il déclare sèchement qu’il n’est autorisé à leur faire connaître ces conditions que si la délégation demande l’armistice. Ce n’est qu’après la réponse positive de Matthias Erzberger que les clauses de l’armistice leurs sont communiquées, mettant l’Empire allemand dans la position de vaincu, situation renforcée par la dureté des conditions.

Tableau représentant la signature de l’armistice dans le wagon-salon du maréchal Foch ©RMN-Grand Palais
Tableau représentant la signature de l’armistice dans le wagon-salon du maréchal Foch ©RMN-Grand Palais
©RMN-Grand Palais

Membre de la mission allemande, le Rittmeister Paul Von Helldorf, interprète, est chargé de porter les conditions d’armistice à Spa en Belgique, auprès du haut commandement allemand. Dirigé à nouveau vers La Capelle, c’est accompagné du chasseur-clairon Philippe Roux du 19e BCP, du commandant de Bourbon Busset et du lieutenant de Kerarmel du 19e BCP, qu’il tente de traverser le front. Après plusieurs tentatives infructueuses dans la soirée du 8 novembre, le Rittmeister Von Helldrof prend place à bord d’une des Mercedes laissées à la villa Pasques le soir du 7 novembre.

Accompagné du clairon Georges Labrosse pour sonner le cessez-le-feu, il tente à nouveau de traverser la ligne de front le 9 novembre dans la matinée, puis réussit à franchir l’Helpe dont les ponts ont été détruits, et arrive à Trélon à 14h15. Vers 18h00 il arrive enfin à Spa, mais la situation a changé en Allemagne : l’empereur Guillaume II a abdiqué devant l’impasse politique et militaire de son pays, et c’est le nouveau gouvernement constitué par Friedrich Ebert dans la nuit du 9 au 10 novembre qui reçoit les conditions d’armistice à Berlin.

A 19h00, le 10 novembre 1918, un message est envoyé par le gouvernement allemand aux plénipotentiaires : les conditions de l’armistice sont acceptées. Après d’ultimes tentatives pour tenter de les adoucir, certaines concessions leur étant accordées, les plénipotentiaires signent l’armistice le 11 novembre à 5h00 du matin, les hostilités devant être suspendues pour 11h00. Depuis, le lieu où le cessez-le-feu fut sonné afin de laisser passer les plénipotentiaires allemands est entré dans l’Histoire.

André Daublain lors de la remise de la légion d’honneur à Pierre Sellier le 18 février 1926 aux Invalides ©BNF Gallica Agence Rol

Le Comité du Souvenir de la Pierre d’Haudroy 

Les origines du Comité du Souvenir de la Victoire et de l’Armistice remontent à l’immédiate après-guerre, notamment grâce à l’implication d’André Daublain (1884-1965), officier d’artillerie durant la Grande Guerre plusieurs fois cité qui sera fait chevalier (1920) puis officier (1954) dans l’ordre national de la Légion d’Honneur. Président du Comité de la Pierre d’Haudroy, c’est lui qui sera à l’initiative du monument. Des statuts seront déposés en 1947 afin de pérenniser l’association veillant à l’entretien du monument de la Pierre d’Haudroy, et resserrer les liens de camaraderie entre les sociétés d’anciens combattants. Aujourd’hui présidé par Eric Wargnier, le Comité perpétue le souvenir de la Pierre d’Haudroy et l’Histoire qui y est attachée, en particulier à l’occasion des commémorations des 100 ans du monument, le 9 novembre 2025.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Pierre d’Haudroy de nos jours
La Pierre d’Haudroy de nos jours
La villa Pasques de nos jours

La villa Pasques à La Capelle

Grande maison en briques et pierres blanches de parement, la villa Pasques fut bâtie en 1900 et doit son nom à son propriétaire, le notaire Georges Pasques. Kommandantur de La Capelle durant l’occupation de 1914-1918, c’est là que la délégation allemande fut reçue le 7 novembre 1918. Transformée en lieu de mémoire en 2008 à l’initiative de la municipalité de La Capelle et du Conseil départemental de l’Aisne, on peut y découvrir (sur rendez-vous ou aux Journées européennes du patrimoine) une scénographie pédagogique déployée dans les deux pièces restaurées, expliquant ce qui s'est passé le 7 novembre 1918 et rappelant l’histoire de ce lieu, de la Pierre d’Haudroy et de l’armistice.

Une borne pour la mémoire


Borne Aisne Terre de Mémoire à la Pierre d'Haudroy ©CD02

Haut lieu de la mémoire de la Première Guerre mondiale, la Pierre d’Haudroy fut au cœur des commémorations du Centenaire de la Grande Guerre. Le 7 novembre 2018, le président de la République Emmanuel Macron y présida la cérémonie officielle du centenaire du cessez-le-feu, en mémoire des millions de combattants qui ont espéré le retour de la paix ce jour-là. Dans cette continuité, à l’occasion du 100e anniversaire de la Pierre d’Haudroy, une borne du réseau départemental « Aisne Terre de Mémoire » a été inaugurée en ce lieu le 9 novembre 2025, afin de maintenir en lumière ce monument et valoriser l’histoire des hommes qui y est attachée.

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