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  • CHATEAU-THIERRY
  • 1939-1945

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1939-1945, le monument des Déportés-Patriotes de Château-Thierry

Symbole du souvenir des déportés de Château-Thierry, le monument qui leur est dédié non loin des rives de la Marne rappelle leur histoire à travers l’évocation des noms qui sont gravés sur ses flancs. Et Royallieu, Auschwitz, Buchenwald, Dachau, Neuengamme, Mauthausen, Nordhausen, Flossenbürg, Ravensbrück, Rawa-Ruska sont autant de lieux où les déportés de l’arrondissement de Château-Thierry durent supporter les souffrances des camps nazis et où beaucoup y perdirent la vie.

Le monument des Déportés-Patriotes de Château-Thierry

Les premières victimes de la répression nazie (1942-1943)

Le département de l’Aisne, comme beaucoup d’autres, fut touché par la répression nazie durant la Seconde Guerre mondiale, et l’arrondissement de Château-Thierry fut affecté par de nombreuses tragédies individuelles, en particulier de résistants déportés, qui font désormais partie de la mémoire collective. Afin de mieux comprendre leurs histoires, il est important de saisir que les premières années de l’occupation furent marquées par une répression visant à arrêter toute personne ne se soumettant pas aux consignes du haut-commandement des troupes allemandes en France, les opposants et les premiers actes de « terrorisme » des résistants étant sévèrement réprimés. Ceux-ci pouvaient aller de la simple détention illicite d’armes aux actes de sabotages avérés et aux attentats sur les soldats allemands, et les peines encourues étaient souvent la condamnation à mort ou la déportation. Afin de mieux connaître les victimes de cette répression qui vivaient ou étaient originaires de l’arrondissement de Château-Thierry, nous avons choisi de suivre la chronologie des départs de ces hommes et de ces femmes qui furent déportés, mais les informations les concernant restent toutefois souvent lacunaires.

Les résistants déportés du début de l’année 1944

Quand commence l’année 1944, la répression menée par les troupes d’occupation allemande et leurs services de sécurité s’accroît encore à mesure que l’activité des mouvements et réseaux de résistance se renforce et se structure. A chaque nouveau sabotage de voies ferrées, de canaux, de lignes à haute tension, des opérations de police, des perquisitions et des enquêtes poussées ont lieu. Celle-ci permettent souvent de démanteler des réseaux et d’arrêter des résistants rapidement destinés à rejoindre la main d’œuvre concentrationnaire. C’est ainsi que continuent d’être envoyés au camp de Compiègne-Royallieu de nombreux résistants comme Jean GUERBETTE, né le 30 avril 1910 à Château-Thierry, et Lucien HARANCOT, né le 1er octobre 1922 à Château-Thierry. Tous deux seront déportés le 17 janvier 1944 à destination du camp de Buchenwald auquel Lucien Harancot ne survécut pas, tandis que Jean Guerbette sera libéré le 5 mai 1945 au camp de Mauthausen. Le 22 janvier 1944, un autre train part de Compiègne à destination de Buchenwald avec à son bord Maurice AUBRY né le 1er février 1904 à Rozet-Saint-Albin, et Lucien POMMEAU, né le 24 février 1922 à Château-Thierry. Si le premier connu ensuite les camps de Mauthausen, Melk puis Ebensee avant d’être libéré le 6 mai 1945, le second meurt d’épuisement au kommando de Dora-Nordhausen le 13 mars 1945.

Le 27 janvier 1944, ce sont sept résistants du sud de l’Aisne qui seront à leur tour déportés du camp de Royallieu à destination de Buchenwald. Tous n’auront cependant pas le même destin :

  • André AUTIQUET, né le 24 avril 1890 à Beaune (Côte d’Or), domicilié à Saint-Agnan. Il survivra au camp de Buchenwald et sera rapatrié le 11 avril 1945.
  • René BECARD, né le 11 janvier 1908 à Epaux-Bézu. Affecté au camp de Dora, il sera rapatrié de Bergen-Belsen le 15 avril 1945.
  • Henri BIMONT né le 3 mai 1914 à Saulchery. Affecté au kommando de Wansleben, il décède le 27 mars 1944 à Buchenwald.
  • Pierre DEHAN, né le 17 juin 1904 à Barzy-sur-Marne. Affecté au camp de Dora, il sera rapatrié à la Libération.
  • René GAILLARD, né le 19 février 1923 à Saint-Cyr-sur-Morin (Seine-et-Marne) et domicilié à Viels-Maisons. Affecté au kommando de Wansleben puis de Plömnitz, il sera rapatrié de Plömnitz-Leau le 14 avril 1945.
  • André GAILLARD, né le 9 février 1892 à Chézy-sur-Marne et domicilié à Viels-Maisons. Il survivra au camp de Buchenwald et sera rapatrié à la Libération.
  • Lucien RIVET, né le 16 mai 1921 à La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne) et domicilié à Viels-Maisons.  Affecté au camp de Dora, il y décède le 26 décembre 1944.

En avril 1944, deux autres résistants originaires du sud de l’Aisne seront déportés à leur tour : André PAQUOT, né le 8 novembre 1910 à Château-Thierry, et André MATHIEU, né le 27 septembre 1923 à Fontenelle-en-Brie. Résistant à Clermont-Ferrand, le premier sera déporté au camp de Royallieu le 6 avril 1944 et décèdera au camp de Mauthausen le 10 juillet 1944 à la suite d’un bombardement américain, tandis que le second, déporté le 27 avril 1944 à destination d’Auschwitz, connaîtra les camps de Buchenwald, Flossenbürg et enfin Gross Rosen où il succombera le 24 février 1945.

Au printemps 1944, l’activité de la Résistance se densifie davantage à l’approche du débarquement allié, et les nombreux vols de nuit au-dessus de la région afin de larguer des containers d’armes, de matériel et de munitions auprès de la résistance axonaise ne passent pas inaperçus. Malgré la forte pression des troupes d’occupation allemande, les résistants du groupe de Georges THUNIERE à Fère-en-Tardenois décident de tenter de récupérer un parachutage afin d’armer les résistants de la région, mais dans la nuit du 8 au 9 mai 1944, à Villers-sur-Fère, au retour du terrain de parachutage, neuf résistants de ce groupe sont arrêtés et incarcérés à Château-Thierry où ils sont interrogés. Transférés à la prison de Saint-Quentin, ils sont ensuite conduits au camp de Compiègne-Royallieu d’où ils partiront le 4 juin 1944 à destination du camp de Neuengamme, dont tous ne revinrent pas (un monument sera inauguré en leur honneur à Villers-sur-Fère en 1946, et une borne Aisne Terre de Mémoire y relate leur histoire) :

  • Albert BAYARD, né le 11 février 1908 à Mons-en-Barœul (Nord), domicilié à Villers-sur-Fère, sera affecté au camp de Sandbostel et y sera libéré le 29 avril 1945.
  • René DENEUVILLE, né le 26 janvier 1914 à Fère-en-Tardenois. Envoyé en kommando à Wattenstedt il travailla aux usines Hermann Goering (grosse métallurgie pour l’armement), mais transféré sur Ravensbrück, il succombera d’épuisement à l’infirmerie le 29 avril 1945.
  • Louis DESLANDES, né le 4 janvier 1911 à Paris et domicilié à Fère-en-Tardenois, sera affecté au kommando de Hannover-Stöcken et décédera le 3 mai 1945 parmi les 7 500 déportés embarqués à bord du « Cap Arcona » et bombardé dans la baie de Lübeck.
  • Robert DUBOIS, né le 26 décembre 1919 à Oulchy-le-Château et domicilié à Villers-sur-Fère, sera lui-aussi affecté au kommando de Hannover-Stöcken, mais atteint de dysenterie, il meurt d’épuisement à Hannover le 20 mars 1945.
  • Arsène LECHAT, né le 3 juillet 1896 à Moisdon-la-Rivière (Loire-Atlantique) et domicilié à Fère-en-Tardenois, sera transféré à Sachsenhausen d’où il sera libéré en 1945.
  • Pierre PLAIE, né le 15 juin 1921 à Villers-en-Prayères et domicilié à Jaulgonne, décédera le 12 juillet 1944 au camp de Neuengamme.
  • Georges THUNIERE, né le 11 mars 1903 à Ronchères et domicilié à Fère-en-Tardenois, sera affecté au kommando de Hannover-Stöcken et décédera le 8 avril 1945 à Bergen-Belsen.
  • Paul VINCENT, né le 10 octobre 1908 à Villers-sur-Fère, sera lui aussi affecté au kommando de Hannover-Stöcken et mourra d’épuisement le 13 avril 1945 à Bergen-Belsen.

Les résistants déportés après le débarquement allié

L’annonce du débarquement allié entraîne au mois de juin 1944 une recrudescence de l’activité des résistants. En effet, afin d’entraver au maximum le déploiement des réserves opérationnelles allemandes vers la Normandie où doit avoir lieu le débarquement, différents plans ont été élaborés par les Alliés, ces plans visant à paralyser le réseau ferroviaire mais aussi les réseaux routiers, téléphoniques et électriques par une série de sabotages. Le déclenchement de ces plans entraîne de nombreux sabotages et actions de la part de la Résistance, qui s’expose ainsi à de violentes représailles de la part de forces de sécurité allemandes toujours plus impitoyables dans leur répression. Malgré les bombardements alliés sur les voies ferrées qui entravent la circulation, le besoin en main-d’œuvre du Troisième Reich est tel que les trains de résistants déportés continuent de partir de Compiègne dans des conditions toujours plus dramatiques, comme c’est le cas le 2 juillet 1944 pour le « Train de la mort » resté tristement célèbre sous ce nom pour le nombre élevé de morts survenues durant le transport des déportés vers le camp de Dachau, par une forte chaleur et sans eau. Parmi ces déportés se trouvait notamment Louis MARTIN, né le 11 mars 1913 à Aÿ (Marne) et domicilié à Château-Thierry, qui décède durant le transport. Une semaine plus tard, ce sera au tour d’Eugène DUFRESNE, né le 4 août 1898 à Hautevesnes et domicilié à Château-Thierry, d’être déporté le 10 juillet 1944 vers la prison de Karlsruhe puis celle de Wolfenbüttel, d’où il sera rapatrié en avril 1945.

Le 15 juillet 1944, un nouveau train de déportés partira de Compiègne à destination du camp de Neuengamme, avec à son bord Guy LAGARDE, né le 19 mars 1923 à Epernay (Marne) et domicilié à Château-Thierry, Léon SEMBLAT, né le 5 juillet 1897 à Château-Thierry et André VAUTIER, né le 19 novembre 1908 à Marchais-en-Brie. Si les deux premiers seront rapatriés en mai 1945, le troisième aura un destin plus funeste : affecté au kommando de Bremen-Osterort, il décédera le 24 avril 1945 en rade de Lübeck à la suite du bombardement du cargo Thielbek par la R.A.F. Ils seront rejoints au camp de Neuengamme par Raymond BRAYER, né le 31 décembre 1905 à Nogent-l’Artaud et déporté du camp de Royallieu le 28 juillet 1944. Affecté au kommando de Kaltenkirchen, il y décédera le 2 février 1945.

La chasse aux résistants continue plus que jamais à la fin du printemps 1944, et les déportations qui suivent la plupart des arrestations se poursuivent de manière intense. Après avoir fait tomber le groupe de Fère-en-Tardenois, c’est le groupe de résistants de La Ferté-Milon qui subit une vague d’arrestations, sept de ses membres (Libération-Nord et O.C.M.) étant arrêtés dans la nuit du 6 au 7 juin 1944, incarcérés à la prison de Soissons puis déportés le 17 août 1944 par le convoi n° 79 à destination du camp de Buchenwald, qui sera le dernier train à quitter le camp de Compiègne-Royallieu :

  • Pierre BELLEMERE, né le 22 novembre 1912 à Villeneuve-sous-Thury (Oise), sera affecté au kommando du Neu Stassfurt et reviendra très affaibli de déportation.
  • André LANGE, né le 11 février 1892 à Saints (Seine-et-Marne) et domicilié à La Ferté-Milon où il est gérant du café-hôtel de la Gare, sera affecté au kommando du Neu Stassfurt et sera rapatrié en 1945.
  • Guy LASNIER, né le 30 août 1923 à Paris (Seine) et domicilié à Mareuil-sur-Ourcq, réfractaire au S.T.O., rejoindra lui aussi les mines de sel de Neu Stassfurt et sera rapatrié le 8 mai 1945.
  • Raoul MINOUFLET né le 12 mars 1908 à Villers-Cotterêts et domicilié à Mareuil-sur-Ourcq où il est boucher, travaillera lui aussi au kommando de Neu-Stassfurt et sera rapatrié.

Les derniers déportés originaires du sud du département de l’Aisne recensés seront Pierre ADAM, né le 9 mai 1926 à Armentières-sur-Ourcq, et Jacques GILBERT, né le 12 août 1926 à Cierges. Déportés le 29 août 1944 de Belfort, ils seront envoyés au camp de Neuengamme et affectés au kommando de Wilhelmshaven. Jacques Gilbert y succombera le 31 mars 1945 tandis que Pierre Adam décédera le 20 avril 1945 à Stade. A ces deux noms peut être ajouté celui de Roger PANNIER né le 16 juillet 1914 à Château-Thierry, et dont le parcours mérite d’être évoqué car il endura les mêmes souffrances que les autres déportés. Prêtre mobilisé et fait prisonnier en 1940 au Stalag VI G, ses fonctions lui permettent de jouir d’une grande liberté de circulation. S’occupant des malades et démunis de l’hôpital des prisonniers de guerre, il organise avec d’autres prêtres le réseau Cologne-Rhénanie, qui aide les évadés dans la région de Cologne et effectue quelques sabotages. Arrêté le 13 juillet 1944, il est incarcéré à la prison de Brauweiler puis dans un camp près de Cologne. Interné au camp de Buchenwald le 17 septembre 1944, il sera affecté le 13 novembre 1944 au kommando de Zwieberge-Langerstein à la fabrication de V1. Transféré à Dachau en janvier 1945 avec cinq autres prêtres, il bénéficiera d’un régime spécial et côtoiera Edmond Michelet. Atteint par le typhus, il sera libéré le 29 avril 1945 de Dachau.

"6 heures du matin, nous allons rester là-dedans pendant 3 jours ½ et 3 nuits dans une atmosphère épouvantable. Le convoi s’ébranle alors lentement. Au début, les camarades ne disent pas grand-chose. Il est convenu que pendant qu’une partie du wagon serait debout, l’autre partie serait assise. Il faut que je précise une chose : les volets d’aération de chaque wagon ont été grillagés ! L’air ne passe donc que très peu, et au bout d’une heure, cela devient irrespirable. Dans les premières heures, les gars ne sont pas trop rouspéteurs mais six heures après les plaintes commencent à se faire entendre. Certains pleurent puis se mettent à crier ; il est très difficile de les calmer. Au bout d’un certain temps, une voix s’élève et demande à tous d’être patients. Nous sommes tous dans la même situation et cette personne explique qu’il faut se calmer car si nous continuons ainsi, cela pourrait mal se terminer. J’ajoute aussi, que pour les 110 hommes du wagon, il a été mis une seule tinette pour les besoins naturels. Au bout de quelques heures, ce récipient est plein et l’atmosphère devient encore plus difficile. De temps à autre, nous essayons de voir où nous sommes, en traversant les gares et nous arrivons à nous apercevoir que nous prenons la grande ceinture de Paris. Une autre précision, à chaque extrémité des wagons, une sentinelle allemande armée est placée ceci pour déjouer les évasions qui pourraient être tentées. La première nuit va être très longue à passer et plusieurs incidents se produisent entre prisonniers. Il faut que chacun soit lucide et conscient de la situation, mais c’est très difficile à faire accepter par certains, surtout que la soif commence à se faire sentir."

Comme beaucoup de déportés, Paul Coeuret parviendra à glisser un mot sur les rails à l’attention de sa mère, et celui-ci sera remis par un jeune homme anonyme, malgré les risques encourus. Après trois jours et demi et trois nuits à destination de l’Allemagne, les portes des wagons s’ouvrirent enfin quand ils arrivèrent au camp de Neuengamme :

"Nous sommes tous à moitié abrutis par ce voyage épouvantable, et très fatigués bien sûr, mais nous sommes à l’air et nous respirons quand même mieux. Il a plu, et l’air est frais ; il y a des flaques d’eau par terre et beaucoup ont l’idée d’essayer de boire mais les coups de schlague pleuvent à nouveau et devant nous un S.S. avec ses bottes piétine dans cette flaque en ricanant. C’est le commencement des brimades et il va falloir s’y habituer."

Après s’être vu attribué une tenue de détenu et un numéro de matricule dans la logique de déshumanisation des déportés par leurs geôliers, c’est une routine de souffrances et d’espoir de survie que Paul Coeuret décrira dans ses souvenirs :

"Lever à 5 heures, un passage au lavabo où nous n’avons ni serviette ni savon, simplement un coup d’eau sur la figure pour nous réveiller. Un peu d’eau noire ressemblant à un ersatz de café que l’on boit en vitesse puis à nouveau rassemblement devant le block. Nouvelle attente, et des kapos (sorte de contremaîtres) nous désignent pour effectuer des corvées. Il est 6 heures du matin et jusqu’à midi il va falloir porter des briques dans nos mains. Il y a une construction en route et la main-d’œuvre que nous représentons ne coûte pas cher. C’est très fatigant car il y a 800 mètres à parcourir à chaque fois et il ne faut pas traîner en route car la schlague est un instrument de persuasion très efficace. A midi, une tranche de pain bis avec un morceau de margarine et repos pendant ½ heure. Puis reprise de la corvée jusqu’à 5 heures ½ du soir. Rassemblement à nouveau et nouvel appel pendant 2 heures. C’est vraiment le « marche ou crève » mais c’est la loi du camp."

Territoire stratégique pour les liaisons ferroviaires entre la région parisienne et l’Est de la France, il est important de rappeler que le sud du département de l’Aisne fut aussi malgré lui le théâtre de la déportation, les trains de déportés partant des gares du Bourget-Drancy et de Bobigny à destination des camps nazis en Allemagne de 1942 à 1944 passant par la voie ferrée de Paris-Est à Strasbourg-Ville, tandis que ceux partant de Compiègne passaient par Soissons ou Laon. La vallée de la Marne est donc aussi un chemin de mémoire de la déportation, et chaque année des commémorations ont notamment lieu à Fossoy pour se souvenir de Maurice ZELIS, arrêté au cours de la rafle du vélodrome d’hiver et déporté du camp de Drancy le 19 juillet 1942 par le convoi n° 7 à destination d’Auschwitz. Celui-ci, à hauteur du passage à niveau de Fossoy, était parvenu lui aussi à jeter un message à l’attention de son petit frère Jacques depuis le train qui le conduisait vers l’Est. Recueilli par les époux CARRON malgré les risques encourus, son message sera transmis à l’adresse qu’il avait indiquée. Maurice Zelis ne reverra cependant jamais son frère, puisqu’il sera tué le 28 septembre 1942.

Le 25 mai 1944, aux environs de Fossoy également, un train allemand sera mitraillé par un groupe de résistants. Les deux wagons de tête transportant 52 femmes résistantes vers le camp de Sarrebrück (Neue Bremm), quatre d’entre elles furent tuées et six blessées. Emmenées à l’Hôtel-Dieu de Château-Thierry pour y être soignées, Thérèse BAILLY, Marie CARARBAYE, Marie-Louise CRESSENT-OLIN, Emilienne DELYS LE BEL, Antoinette FALLIERO et Marie LAMBERT parviendront ensuite à s’évader le 6 août 1944 grâce à l’aide de la Résistance et seront cachées notamment chez Yolande et Pierre DUBOIS à la ferme d’Artois à Beuvardes et chez Marie et Paul GRAUSEM à Essômes-sur-Marne.

Les déportés raciaux du sud de l’Aisne et les « Justes parmi les Nations »

L’exemple de Maurice Zelis rappelle que tous les déportés n’étaient pas que résistants ou otages, et en France comme dans tous les territoires occupés, de nombreuses minorités furent aussi persécutées, arrêtées puis déportées, à commencer par la communauté juive, avec la coopération de l’État français. Obligés d’être recensés dès octobre 1940 par ordre du commandement militaire allemand puis interdits d’exercer certaines professions par le régime de Vichy, les Juifs, dès 6 ans, sont contraints par les autorités allemandes à porter l’étoile jaune à partir du 29 mai 1942. Victimes des rafles dès 1941-1942, on estime que près de 76 000 Juifs sur 320 000 vivants en France furent déportés au cours de la Seconde Guerre mondiale.

L'entrée du camp d'Auschwitz II Birkenau ©Bundesarchiv B 285 Bild-04413
L'entrée du camp d'Auschwitz II Birkenau
©Bundesarchiv B 285 Bild-04413

Si de nombreux hommes et femmes juifs ne parvinrent pas à se soustraire aux arrestations de la police allemande, certains réussirent à se cacher ou à mettre à l’abri leurs enfants grâce des personnes de bonne volonté que le mémorial de Yad Vashem distinguera à partir de 1963 du nom de « Justes parmi les Nations ». On compte ainsi plusieurs enfants qui furent cachés durant l’occupation dans l’arrondissement de Château-Thierry :

  • A Montreuil-aux-Lions, Claire Deutscher et son fils Guy, qui avaient fuit Paris avec l’aide d’Hélène et René Bindel après avoir échappé à la rafle du Vel’ d’Hiv’, trouvent refuge chez le curé du village puis à l’hôtel de la Croix d’Or par l’intermédiaire de Jean, le fils d’Hélène et René Bindel. Ces derniers seront reconnus « Justes parmi les Nations » en 1982.

Cette œuvre fut réalisée par Antoine Rohal (1905-1978), sculpteur français d’origine hongroise et élève d’Antoine Bourdelle. Résistant durant la Seconde Guerre mondiale, Antoine Rohal réalisa notamment en 1950 le monument aux fusillés de Châteaubriant. A Château-Thierry, il chercha à représenter la tête sculptée d’un déporté avec l’inscription « Souviens-toi ! » accompagnée de la liste des noms des camps où périrent de nombreux déportés. La permanence du lien avec les camps est également sensible puisqu’une urne contenant de la terre des camps nazis est placée à la base de cette stèle.

Chaque année, le dernier dimanche d’avril, jour du souvenir de la déportation, une cérémonie de recueillement permet, en présence des autorités civiles et politiques, des associations d’anciens combattants et des descendants de résistants et déportés, d’honorer leur mémoire.

 

Nos remerciements à M. Freddy Dussart et M. Stéphane Amélineau pour leur aide dans les recherches sur la famille Weil-Salomon, et pour leur implication dans la mémoire des victimes de la Shoah de l’Aisne.

Une borne pour la mémoire


Le 27 mai 2025, à l’occasion de la Journée nationale de la Résistance, une borne du réseau Aisne Terre de Mémoire mis en place par le Département de l’Aisne a été inaugurée afin de valoriser ce monument et l’histoire des hommes et des femmes qu’il honore.

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