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  • SOISSONS
  • 1939-1945

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1940-1944, la Résistance dans le Soissonnais

Les 7 et 8 juin 1940, le Soissonnais est en première ligne de la bataille de France. Pendant deux jours, les dernières divisions françaises y combattent avec l’énergie du désespoir pour tenter d’enrayer l’irrésistible offensive allemande.

Soissons le 30 août 1944, cour de l'hôtel de ville ©Archives du Musée de la Résistance et de la Déportation de Tergnier

Dans les semaines qui suivent, aux nombreuses armes qui parsèment le champ de bataille se mêlent les tombes des combattants morts. Alors que les premiers réfugiés regagnent leurs foyers, l’idée de résister à l’occupation commence à prendre corps.

Condamnés à mort le 30 mai 1942 par le tribunal militaire du Gross Paris, Daniel Douay, Emile Louys et Jean Vogel sont fusillés au stand de tir de Balard à Paris le 27 octobre 1942 aux côtés de trois autres membres parisiens du réseau. Aimé Dufour, Ludovic Pluche, Eugène Delhaye, Gilbert Jordana, Louis Leseigneur et André Meurghe décéderont en déportation. Quant à Henri-Clotaire Descamps, premier gendarme condamné sous l’occupation, il voit sa peine commuée en 20 ans d’emprisonnement en forteresse en Allemagne suite à l’intervention de Pierre-Charles Serignan, chef d’escadron responsable de la Section gendarmerie française dans les territoires occupés, et de l’avocat alsacien Joseph Haening auprès du général Carl-Heinrich von Stülpnagel, commandant en chef des troupes d’occupation en France. Déporté en Allemagne à la prison de Karlsruhe puis dans les bagnes de Rheinbach et de Sonnenburg, Henri-Clotaire Descamps sera finalement guillotiné le 5 décembre 1942 à la prison de Brandenburg-Görden, en même temps que Maurice Moreaux.

Outre le réseau « Vérité française », d’autres groupes de résistance se développent également dans le Soissonnais, multipliant les actes de résistance. Cela passe par la pose d’affiches de propagande anti-allemande, des sabotages discrets (crève-pneus, sucre dans l’essence) ou des actions plus risquées, en groupe, ou isolées. Ainsi, Jeanne Jauquet, assistante sociale au dispensaire de Soissons, infirmière, qui assurait avec son automobile le service du courrier entre la sous-préfecture de Soissons et la préfecture de Laon, fait modifier la malle-arrière de sa voiture pour permettre à des prisonniers de s'y cacher le temps de franchir la ligne interdite de l'Ailette. Aidée de l'abbé Cordier, vicaire à Laon, elle put ainsi organiser l'évasion de nombreux prisonniers de la citadelle de Laon et leur faire passer l’Ailette du 22 novembre 1940 au 13 janvier 1941.

Dans le secteur de Vic-sur-Aisne, Gabriel Cochet (1904-1998) et André Bataillard (1916-1945), constituent dès 1940 un petit groupe de résistants également, qui intègre l’Armée des Volontaires (A.V.) puis constitueront le secteur 138 de l’Organisation Civile et Militaire (O.C.M.). Ensemble ils recrutent des volontaires et participent aux sauvetages d’aviateurs, aux parachutages puis aux sabotages. Arrêtés le 29 juin 1944, Gabriel Cochet sera déporté à Neuengamme tandis qu’André Bataillard succombera aux marches de la mort à Neue Stassfurt, le 14 avril 1945, à l’âge de 29 ans.

Enfin, pour les membres du Parti communiste français, c’est surtout après l’invasion de l’Union Soviétique que tombent les ordres de passer à l'action, quel qu’en soit le prix. Un mois après le premier attentat sur un militaire allemand à Paris par le résistant communiste Pierre Georges (1919-1944) , un attentat à lieu à Courmelles contre un factionnaire allemand de garde devant la porte de la Standartkommandantur, le 29 septembre 1941. Quand la Feldgendarmerie perquisitionne chez Gaston Pinot (1911-1941), cantonnier auxiliaire, elle y trouve plusieurs armes de guerre et un carnet contenant les noms des militants communistes locaux. Arrêté avec dix-sept autres supposés communistes, il sera condamné à mort le 7 octobre 1941 par le tribunal militaire allemand (FK 602) de Saint-Quentin (Aisne) pour « menées communistes et détention d’armes » et fusillé au stand de tir des Blancs-Monts à Laon deux jours plus tard.

Il semble que le corps enseignant soit très engagé dans la résistance, puisque Paul Obrier, professeur d’anglais au collège de Soissons, rejoint en 1941 le réseau de renseignement de la France libre « Vélite Thermopyles », et conseille lui-même à partir de 1942 à l’un de ses élèves, Jean Coret, de former un groupe de jeunes résistants. C’est ainsi que naît le groupe « Bir Hakeim »  au sein duquel on retrouvera Bernard Douay, fils de Daniel Douay fusillé en octobre 1942, Patrice Dehollain, Pierre Coutier, Pierre Thomas, Paul Plantier, qui se chargeront au sein du réseau « Vélite Thermopyles », puis au sein de Libé-Nord, de distribuer des tracts, récupérer des armes ou encore effectuer les liaisons auprès des chefs de la résistance. Ils seront rejoints à partir de 1944 par des dizaines d’autres jeunes Soissonnais. A partir du débarquement allié en juin 1944, ils contribueront activement à renseigner les Alliés sur l’identification des convois terrestres et ferroviaires allemands ou encore l’implantation des états-majors et des bases aériennes.

En octobre 1943, la résistance continue de s’organiser et recrute de nouveaux membres, notamment dans le milieu des officiers et sous-officiers de réserve du 67e RI, et des contacts sont pris entre Libé-Nord et le réseau « Vélite-Thermopyles » à Paris afin d’assurer le rapatriement d’aviateurs alliés tombés dans le Soissonnais. La répression, elle, continue... Le 11 novembre 1943, Germaine Vogel, qui a rouvert le commerce de fourrure qu’elle tenait avec son mari fusillé le 27 octobre 1942 avec d’autres membres du réseau « Vérité française », expose dans la vitrine de son magasin les photographies de son mari et de ses camarades fusillés, entourés de fleurs tricolores portant la mention « Mort pour la France ». A nouveau arrêtée, elle est emprisonnée plusieurs mois avant d’être déportée au camp de concentration de Ravensbrück le 4 février 1944. Rapatriée le 7 mai 1945, elle gardera des séquelles jusqu’à la fin de sa vie.

Mais si les résistants sont les victimes de la répression allemande, les victimes de l’idéologie nazie sont aussi les juifs, Français ou d’origine étrangère. Après la promulgation du statut des juifs en octobre 1940 et l’obligation de se faire recenser, travailler dans différents secteurs d’activité ; sortir de chez eux leur fut interdit, en février 1942. Nommé le 5 mai 1942 chef supérieur de la SS et de la Police en France occupée, Carl Oberg (1897-1965) rend le port de l’étoile jaune obligatoire à partir du 7 juin 1942 et conclut rapidement un accord avec le secrétaire général à la police de Vichy René Bousquet pour l’organisation d’une rafle les 16-17 juillet 1942 dans toute la France, sous la responsabilité exclusive des Français qui ont recours à la police et à la gendarmerie.

Face à la persécution de la communauté juive, des hommes et des femmes se mobilisent, comme Suzanne Richier (1914-1989), institutrice à Pernant, Fontenoy puis Buzancy entre 1933 et 1944, résistante de Libé-Nord, qui organise avec d’autres enseignants, le placement d’enfants juifs dans des familles du Loiret, de Normandie et de la Marne. C’est aussi le cas d’Eugène Bouchard, instituteur à Crécy-au-Mont, et de son épouse Marguerite qui, après la rafle du 4 janvier 1944, recueillent chez eux Marie-Claude Cahen (dont les parents Paul et Fernande ont été arrêtés) et la garderont pendant deux semaines avant qu’elle ne puisse rejoindre une autre famille en Savoie. On retrouve également Jeanne Jauquet, qui avait fait passer l’Ailette à des prisonniers en 1940, qui procure de faux papiers au médecin juif Gabriel Fried et contribue à son sauvetage lors de la rafle du 9 octobre 1942. Il y eu aussi Jacques Bouloire, Giovanna Biaison, Robert et Annunciata Laplace.

L’union de la résistance pour la Libération

Au mois de juillet 1944, les responsables de l’Armée Secrète (A.S.) de l’Aisne sont désignés à la tête de ces groupements par le Délégué Militaire Départemental (D.M.D.) Jean-Marie de Sarrazin (1911-1972), alias « Auvergne ». Cinq groupements des F.F.I. sont alors constitués : le Groupement A (Arrondissement de Saint-Quentin), le Groupement B (Arrondissement de Laon), le Groupement C (Arrondissement de Vervins), le Groupement D (Arrondissement de Soissons) et le Groupement E (Arrondissement de Château-Thierry).

Destinés à recevoir depuis Londres les ordres émanant du général Koenig, commandant en chef des F.F.I., et à les mettre en œuvre en synchronisation avec les plans alliés, ces groupements devront ainsi combiner l’action des groupes de résistance. Cette nouvelle organisation, qui assure notamment à tous les groupes de recevoir des armes, des munitions et du matériel le moment venu grâce à des parachutages que réceptionne le Bureau des Opérations Aériennes (B.O.A.), vise ainsi à renforcer l'efficacité de la résistance en vue de la Libération. Ainsi en février 1944, des contacts sont pris entre le Groupement D et le B.O.A. pour recevoir des armes et du matériel, et les résistants du groupement participent à certains parachutages.

Plusieurs résistants furent désignés pour prendre la tête du Groupement D, le capitaine Lepape, des F.F.I. de Soissons, le dirigera effectivement. Le 18 juin 1944 à Mercin-et-Vaux, une réunion avec les chefs de la Résistance permis également de définir les différents secteurs du Groupement D, permettant ainsi de le structurer davantage en vue de la Libération. Toutefois, Lepape ayant décidé de s’engager dans l’armée à la Libération, c’est Marcel Bignebat (1896-1959) qui prendra sa suite. Instituteur, directeur de l’école de Venizel, ce résistant du mouvement Libé-Nord avait rejoint un groupe de résistants avec à leur tête l’instituteur René Grangy, auquel il succéda après l’arrestation de ce dernier. A l’issue du conflit il recevra une citation qui en dit long sur son parcours : « Entré dans la Résistance en 1943. A participé à de nombreux sabotages, puis a regroupé les FFI de sa zone après l’arrestation des chefs de secteurs. Arrêté, condamné à mort, s’est évadé et a repris le commandement de sa zone. A pris part aux combats de la libération du Soissonnais. »

Les plans d’actions après l’annonce du débarquement

Après des années d’attentes pour certains, des mois passés à recruter les volontaires, accueillir les réfractaires au STO, diffuser des journaux clandestins, récupérer armes et matériel depuis 1943, les résistants de l’Aisne allaient enfin pouvoir passer à l’action dans le cadre des plans établis par les Alliés.

Afin d’entraver au maximum le déploiement des réserves opérationnelles allemandes vers la Normandie où doit avoir lieu le débarquement, différents plans de mobilisation furent élaborés par le « Bloc Planning » du Bureau de Renseignement et d’Action de Londres (ex-B.C.R.A.), chargé de planifier en pratique la participation de la Résistance française dans le cadre de la stratégie alliée. Ces différents plans avaient eux-mêmes, au préalable, été approuvés par le général de Gaulle dans son « Instruction concernant l’emploi de la résistance sur le plan militaire au cours des opérations de Libération de la métropole » datée du 16 mai 1944. Le chef du Comité français de Libération Nationale est cependant conscient des capacités réelles de la Résistance, et souhaite qu’une action progressive et dosée soit lancée le moment venu, afin d’éviter une insurrection générale qui serait sévèrement et rapidement réprimée par les troupes d’occupation allemande. Cet espoir disparaît toutefois le 2 juin 1944 lorsque le Supreme Headquarters of Allied Expeditionary Force (S.H.A.E.F.), le commandement suprême des troupes alliées en Europe, décide qu’en parallèle du débarquement, tous les plans prévus doivent être déclenchés de manière à semer une confusion généralisée dans les états-majors allemands, quel que soit le prix à payer par la Résistance.

Le 5 juin 1944, dès que la décision de lancer le débarquement le lendemain aux premières heures du jour est prise, 210 messages codés sont transmis à la résistance française sur les ondes de la B.B.C. à partir de 21h15. Parmi eux, différents messages en fonction des régions appellent à l’application immédiate du plan Vert, destiné à paralyser le réseau ferroviaire par une série de sabotages. Est également mis en application le plan Tortue, destiné à paralyser le système routier dans le quart nord-ouest de la France. Deux autres plans sont aussi mis à exécution: le plan Violet qui prévoit le sabotage des lignes téléphoniques et le plan Bleu qui prévoit le sabotage des lignes à haute tension.

Le message le plus important est celui concernant le plan Rouge, qui signifie que l’insurrection armée de la Résistance doit être déclenchée. Sur le principe de la guérilla, six zones difficilement accessibles doivent devenir des points de fixation à l’arrière du front allemand : le Morvan, le Massif Central, les Pyrénées, les Alpes, le Jura et les Vosges. Toutefois dès le 10 juin, l’état-major du général Koenig transmettra aux groupements de résistance l’ordre de freiner au maximum les actions de guérilla, ceux-ci n’étant effectivement pas en capacité de combattre pendant des mois en attendant l’arrivée des troupes alliées, et le commandement allié n’ayant pas les moyens ni la volonté de ravitailler en armes et en munitions une résistance dont la valeur combattante est encore, à leurs yeux, sujette à caution.

Les résistants du Soissonnais dans la Libération de l’Aisne

Dans l’Aisne, dès l’annonce des messages de la B.B.C., les équipes de sabotages se mettent immédiatement à pied d’œuvre, neutralisant de nombreuses lignes téléphoniques et voies de chemin de fer selon les plans Vert et Violet. Le 25 juillet 1944, les rails de la voie ferrée Paris-Soissons sont ainsi déboulonnés à Noyant, occasionnant 2 jours d'arrêt du trafic. Le 11 août, la voie ferrée de Villers-Cotterêts à Soissons sera à nouveau coupée et plusieurs wagons renversés, occasionnant 6 jours d’interruption du trafic ferroviaire. En application du plan Tortue, de nombreux crève-pneus sont aussi répandus en de nombreux points des principales routes du département. Le 28 juillet 1944, ce ne sont pas moins de 50 kg de clous spéciaux qui sont semés sur les routes de Villemontoire, de Fère-en-Tardenois et de Braine, puis à nouveau 75 kg le 9 août. Les panneaux indicateurs sont déplacés afin d’accroître la confusion des troupes allemandes, quand ce ne sont pas les bornes kilométriques qui sont barbouillées de goudron.

Une borne pour la mémoire


Borne Aisne Terre de mémoire à Soissons ©CD02

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