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  • FLAVY-LE-MARTEL
  • 1939-1945

Publié le - Mis à jour le

4 juin 1940, Le monument au capitaine de Hauteclocque

Fin mai 1940, le capitaine Philippe de Hauteclocque parcourt le nord du département de l’Aisne après avoir quitté Lille encerclé. Déterminé à reprendre la lutte, il parvient à rejoindre les forces françaises déployées face à l’invasion allemande en traversant à la nage le canal de Saint-Quentin. Début d’une épopée qui se poursuivra ensuite à Londres, en Afrique puis lors de la libération de la France. Ce monument commémore une étape du parcours de celui qui deviendra une figure de la France Libre : le général Leclerc.

Portrait en noir et blanc du capitaine de Hautecloque en uniforme, instructeur à Saint-Cyr en 1935.

Qui est le capitaine de Hauteclocque en 1940 ?

Issu d’une vieille famille de la noblesse picarde, le capitaine Philippe de Hauteclocque sort 5e de l’école spéciale militaire de Saint-Cyr en 1924 (Promotion « Metz et Strasbourg ») puis major de sa promotion à l’école d’application de la Cavalerie de Saumur en 1925. Brillant cavalier promis à une belle carrière, il participe notamment à la guerre du Rif où il se distingue, puis rejoint en 1933 le cours des lieutenants d’instruction à Saumur, où le chef d’escadrons Touzet du Vigier prépare les futurs capitaines à la guerre mécanique. Cette année à Saumur sera déterminante pour le futur chef d’unité blindé qu’il sera. Nommé ensuite à la tête de l’Escadron à Saint-Cyr, il sort major de l’Ecole de Guerre en 1939, et quelques mois plus tard, la mobilisation l’envoie près d’Hirson comme chef d’état-major de l’infanterie divisionnaire de la 4ème division d’infanterie.

Photographie de groupe montrant le capitaine de Hautecloque avec des officiers lors du cours des lieutenants d’instruction à Saumur en 1933.
Le capitaine de Hautecloque au sein du cours des lieutenants d’instruction à Saumur en 1933
© Coll. privée

Engagé dans la Sarre durant l’hiver 1939, Philippe de Hauteclocque suit sa division qui est ensuite placée en janvier 1940 en réserve dans la région de Montreuil-sur-Mer, portant une grande attention à l’instruction de la troupe durant toute la période que l’on a appelé « la drôle de guerre ». Nommé chef du 3e bureau de l’état-major de la 4e division d’infanterie, il pénètre en Belgique le 10 mai 1940 dans le cadre du plan Dyle-Breda qui prévoit le déploiement des troupes françaises en territoire neutre belge afin de prendre de vitesse les forces allemandes.

À peine débarqué à Gand, devant la manœuvre allemande venant des Ardennes, c’est finalement au sud de Maubeuge qu’il combat, avant de tenir une ligne de défense entre Bouchain et Valenciennes. En plein repli sur la Scarpe puis la Lys, sa division est alors coupée en deux par les forces allemandes et il se retrouve bloqué dans la poche de Lille : la suite de son histoire nous est connue en grande partie grâce à un rapport qu’il rédigea le 5 juin 1940, conservé au Service Historique de la Défense.

Une odyssée depuis la poche de Lille

Comme tout l’état-major de la 4e division d’infanterie, le capitaine de Hauteclocque se trouve aux côtés du général Musse le 28 mai 1940, au moment où une partie de cette division, repliée aux alentours de Lille, se retrouve encerclée avec d’autres grandes unités de l’armée française, sans la moindre possibilité de rejoindre la côte. En accord avec les autres généraux français, le général Musse décide alors d’organiser la défense de Lille avec les troupes disponibles, de manière à retenir les forces allemandes le plus longtemps possible. Désireux de poursuivre le combat et éviter la capture, Philippe de Hauteclocque demande alors à son supérieur : « Je ne veux pas être prisonnier, mon rôle comme officier d’état-major sans troupe est devenu inutile, m’autorisez-vous à tenter ma chance ? » et il obtient l’accord de ce dernier.

Le capitaine de Hautecloque en Lorraine avec des officiers et des véhicules militaires, janvier 1940.
Le capitaine de Hautecloque en Lorraine en janvier 1940
© Musée du général Leclerc et de la Libération de Paris et Musée Jean Moulin, Paris Musées

Prudemment, il se dirige vers le sud de Lille et assiste, caché dans un champ de seigle, au passage d’une colonne motorisée allemande qui se dirige vers Wattignies. Quand il reprend sa route, dans la nuit du 28 au 29 mai, c’est pour assister au passage des troupes allemandes qui circulent alors dans tout le département du Nord et du Pas-de-Calais pour acculer les troupes franco-britanniques sur la côte. Ayant réussi à poursuivre son chemin en contournant Fretin, au sud de Lesquin, il se cache dans un bois mais reste attentif, et relève la composition et l’armement des unités allemandes qui évoluent à portée de vue. Ne pouvant circuler que de nuit, Philippe de Hauteclocque reprend son chemin dans la nuit du 29 au 30 mai en direction d’Orchies.

Rejeté par des civils à Ostricourt qui ne veulent prendre le risque de lui donner des vêtements civils, il finit par trouver une blouse pour remplacer sa vareuse de capitaine et reprend sa route avec une bicyclette, se mêlant aux réfugiés sur les routes pour tenter de passer inaperçu, jusqu’à atteindre les faubourgs de Cambrai dans la soirée du 30 mai, où il trouve des vêtements civils dans une maison abandonnée.

La traversée du Vermandois

Après avoir quitté Cambrai aux premières lueurs du 31 mai, le capitaine de Hauteclocque prend la route de Saint-Quentin, continuant de croiser des unités allemandes en mouvement et des véhicules militaires français détruits, jusqu’à atteindre Bellicourt où il est arrêté par un officier allemand. Il se défend alors en prétendant être un civil habitant Saint-Quentin, mais n’ayant aucun laissez-passer en règle pour circuler, il est arrêté et fouillé. Un mandat du trésorier de l’Ecole supérieure de guerre portant son nom et son grade ne laisse cependant pas de doute au lieutenant allemand qui l’interroge : c’est un officier français qui vient d’être arrêté. Déclaré « prisonnier de guerre », Philippe de Hauteclocque est enfermé dans une grange où une fenêtre lui permet d’observer la circulation intense de véhicules allemands sur la route de Saint-Quentin à Cambrai. Evacué le 1er juin vers l’arrière à bord d’un camion, il se retrouve à coté du sac où ses objets personnels ont été placés, ce qui lui permet de reprendre son portefeuille et de détruire le papier compromettant.

Arrivé à Bohain-en-Vermandois, il est à nouveau interrogé par un colonel allemand devant lequel il maintient qu’il a été arrêté par erreur, qu’il est réformé et délié de toute obligation militaire étant père de six enfants. Indigné, l’officier allemand face à lui confie alors : « Que dites-vous d’une nation où l’on n’est plus tenu de défendre son pays parce que l’on a six enfants ? ». A l’appui d’une vieille ordonnance médicale, Philippe de Hauteclocque insiste alors sur son inaptitude physique, et obtient sa libération. Déterminé à rejoindre les lignes françaises, il se dirige alors vers Fresnoy-le-Grand dans la soirée du 1er juin, où un paysan le nourrit et lui donne une carte du calendrier du PTT pour s’orienter.

Après avoir traversé la Somme près de sa source, il gagne les abords de Saint-Quentin dans la journée du 2 juin mais doit se cacher dans les bois, de nombreuses troupes allemandes circulant sur la route de Saint-Quentin à Guise. Suivant le son des tirs d’artillerie sur la ligne de front, il marche vers le sud-ouest durant la nuit du 2 au 3 juin, et arrive près du front. Dans la nuit du 3 au 4 juin, Philippe de Hauteclocque se faufile entre les patrouilles allemandes et atteint le canal de Saint-Quentin près de Jussy, où il tente une première fois de traverser à la nage mais coule. Ne gardant que sa chemise et son imperméable, il réussi finalement à traverser et se cache dans une maison à la sortie de Flavy-le-Martel. C’est là que vers 5 heures du matin, le 4 juin, il voit une patrouille française et peut quitter son refuge, clôturant ainsi son odyssée commencée dans la poche de Lille.

La reprise du combat

A peu près nu, exténué et transi, le capitaine de Hauteclocque se présente au chef de bataillon Seigne du 3e bataillon du 107e RI au petit jour du 4 juin 1940. Réconforté, réchauffé, nourri et rhabillé, il part pour le poste de commandement de la 23e division d’infanterie à Grandru pour faire le compte-rendu de son évasion. Après avoir livré tous les renseignements qu’il a pu observer durant son évasion de la poche de Lille, Philippe de Hauteclocque obtient alors l’autorisation de repasser par son village, alors que la Picardie est une fois encore au cœur du front. Il y retrouve son père décidé à rester à sa place de maire de Belloy, mais sa famille est déjà partie sur les routes de l’exode.

Envoyé à Paris pour rendre-compte à nouveau auprès du Grand Quartier Général, il est affecté sur sa demande au 2e groupement cuirassé de réserve, qu’il rejoint en Argonne le 8 juin 1940. Aux cotés du général Buisson qui commande cette grande unité constituée à la hâte pour faire face à l’invasion allemande, il opère comme officier de liaison au sein d’un état-major qui ne compte guère que sept officiers. Il participe néanmoins aux combats au sud de l’Aisne, sur la Retourne puis sur la Marne où il se distingue à nouveau comme « un officier d’envergure ».

Souvent en première ligne, le capitaine de Hauteclocque est blessé à la tête le 15 juin par un éclat de bombe à Magnant, et soigné à Avallon. Déjouant la surveillance des Allemands qui prennent la ville le 16 juin, il s’évade à nouveau, déterminé à rejoindre sa famille réfugiée en Gironde. Il devra pour cela passer par Paris où un agent des établissements Wendel lui procure des papiers afin qu’il puisse se rendre en toute sécurité auprès de la filiale de Bordeaux et Bayonne. Ayant quitté Paris le 26 juin, il retrouve enfin sa famille le 30 juin après avoir réussi à franchir la ligne de démarcation récemment instaurée par l’occupant.

Officiellement porté disparu aux yeux de la hiérarchie militaire, Philippe de Hauteclocque semble alors avoir entendu un discours du général de Gaulle lancé depuis la radio de Londres, le 25 ou le 26 juin, et cela semble l’avoir conduit à prendre sa décision : celle de continuer la lutte. En concertation avec son épouse, il décide de partir pour Londres et fait ses adieux le 4 juillet, prenant la route de Bayonne puis de l’Espagne et du Portugal avec un passeport falsifié. Repoussé à la frontière espagnole, il retente sa chance à Perpignan le 11 juillet et réussi malgré les écueils à rejoindre Madrid puis Lisbonne le 17 juillet, d’où il embarque pour l’Angleterre.

Et de Hauteclocque devint Leclerc

Présenté au général de Gaulle le 25 juillet 1940, Philippe de Hauteclocque, décide afin de protéger sa famille de représailles, de prendre un nom d’emprunt répandu en Picardie. Le 31 juillet 1940, Philippe de Hauteclocque devient ainsi Leclerc. Promu chef d’escadrons, il se voit confié une mission politique : rallier le Cameroun à la France libre, et rejoint Lagos au Nigéria le 10 août. De là il parvient à accomplir sa mission en pénétrant dans Douala le 27 août 1940, puis en participant ensuite au ralliement par la force du Gabon en novembre de la même année.

Nommé ensuite au commandement des Troupes du Tchad en décembre avec mission de montrer aux Français, aux Anglais, et surtout aux forces germano-italiennes qu’il faut désormais compter avec la France libre, il poursuit son épopée. S’en suivront les raids sur le Fezzan, la prise de Koufra et son serment du 2 mars 1941 « de ne déposer les armes que lorsque nos trois couleurs flotteront sur le clocher de la cathédrale de Strasbourg », qui forgeront l’un de mythes majeurs de la France libre. Aux cotés des Britanniques en Tripolitaine puis en Tunisie, celui qui est devenu entre temps le général Leclerc constituera ensuite la 2e division blindée au Maroc en 1943 en réalisant un amalgame difficile entre unités vichystes et unités gaullistes avant de rejoindre l’Angleterre.

Débarqué en Normandie le 1er août 1944, Leclerc conduit ensuite sa division au sein de la 3e armée américaine, libérant Alençon, Argentan, avant de participer à la libération de Paris où il reçoit le 25 août 1944 la capitulation du général von Choltitz qui défendait la ville. Poursuivant ensuite les combats vers l’Est, il remporte la victoire de Dompaire en Lorraine puis celle de Baccarat, ouvrant la route de l’Alsace à travers les Vosges aux unités alliées tandis qu’il fonce libérer Strasbourg le 23 novembre 1944, accomplissant le serment de Koufra.

Le général Leclerc devant un char du 501e RCC pendant la bataille de Normandie.
Le général Leclerc devant un char du 501e RCC durant la bataille de Normandie
© Conseil Régional de Basse-Normandie / National Archives USA

Une borne pour la Mémoire


Porte-drapeaux rassemblés autour de la borne Aisne Terre de Mémoire avec gerbes de fleurs déposées à Flavy-le-Martel, lors de la cérémonie du 31 mai 2026

Chef militaire français à la carrière exceptionnelle, Philippe Leclerc de Hauteclocque sera après la guerre commandant du Corps expéditionnaire d’Extrême-Orient et signera, au nom de la France, les actes de capitulation du Japon. Nommé inspecteur des Forces terrestres, maritimes et aériennes d’Afrique, il trouve la mort au cours d’un accident d’avion à Colomb-Béchar le 28 novembre 1947, et sera élevé à la dignité de maréchal de France cinq ans plus tard.

Pour commémorer l’évasion du capitaine de Hauteclocque devenu le général Leclerc, les anciens de la 2e division blindée décidèrent de faire ériger, en face de la maison où il trouva refuge le 4 juin, une stèle qui sera inaugurée le 29 mai 1960. Une plaque sera par ailleurs apposée en 1955 à l’initiative de la commune de Flavy-le-Martel sur la maison qui l’avait abrité, au niveau du carrefour qui porte désormais son nom.

Chaque année, une cérémonie du souvenir organisée par l’amicale des anciens de la 2e DB a lieu le dernier dimanche du mois de mai, alternativement à Flavy-le-Martel et Jussy, pour perpétuer le souvenir du capitaine Philippe de Hauteclocque et honorer sa mémoire. Le 31 mai 2026, à l’occasion de cette cérémonie, une borne du réseau départemental « Aisne Terre de Mémoire » a été inaugurée en ce lieu, afin de mettre en lumière l’histoire de cette figure majeure de l’histoire de la France contemporaine.

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