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  • OULCHY-LE-CHATEAU
  • 1914-1918

Publié le - Mis à jour le

18 juillet 1918, la seconde bataille de la Marne

Au printemps 1918 la situation sur le front occidental est difficile pour les armées alliées, qui voient l’armée allemande, renforcée par des divisions d’infanterie libérées du front de l’Est après le traité de Brest-Litovsk, mener de nouvelles offensives. Les Alliés vont devoir stopper ces offensives et rassembler des forces pour contre-attaquer et infliger une défaite décisive à l’Empire allemand.

Le monument les ''Fantômes'' de Paul Landowski ©CD02

Offensive à objectifs limités destinée à user et épuiser les forces alliées dans le sud pour avoir les mains libres dans le nord, le succès de cette attaque incite néanmoins le haut-commandement allemand à exploiter cette percée, ce qui contraint les troupes françaises au repli. Soissons tombe le 28 mai et pour éviter que la poche qui s’est créée dans le sud de l’Aisne ne s’élargisse, le général Foch, général en chef des armées alliées sur le front occidental, décide d’envoyer la 10e armée française du général Maistre dans la région de Villers-Cotterêts et la 5e armée française du général Micheler dans la région de Reims, cette dernière renforcée par le 2e corps d’armée italien.

Carte de la progression allemande fin mai 1918 ©BNF Gallica
Carte de la progression allemande fin mai 1918
©BNF Gallica

En une journée, les divisions alliées ont remporté un succès considérable et les éléments les plus avancés de la 10e armée ont progressé de 9 kilomètres tandis que ceux de la 6e armée sont à 5 kilomètres de leur point de départ. La surprise est totale et le succès des troupes alliées oblige le haut-commandement allemand à envoyer en urgence six nouvelles divisions pour relever ses troupes épuisées, et commence à envisager un repli.

L'exploitation de la percée et la reprise de Château-Thierry

Il importe désormais d’exploiter la percée dans le Soissonnais et le Tardenois, ce qui est entrepris dès le 19 juillet, les forces alliées relançant leurs efforts en direction de Fère-en-Tardenois afin d’isoler un maximum de divisions allemandes dans le saillant de Château-Thierry. Le 19 juillet dès 4h du matin, l’infanterie alliée et les chars d’assaut s’élancent de nouveau tandis que la VIIe armée allemande jette dans la bataille ses dernières réserves dans le secteur pour se cramponner au terrain afin ne pas être prise à revers par les alliés. La tactique de l’armée allemande consiste alors à ralentir l’avancée des troupes alliées en se repliant de manière échelonnée, tout en laissant des arrière-gardes fortement dotées en mitrailleuses, afin de toujours offrir un obstacle à leurs adversaires contraints de progresser à découvert.

La progression alliée du 20 au 25 juillet 1918 ©BNF Gallica
La progression alliée du 20 au 25 juillet 1918
©BNF Gallica

Toutefois l’effort des alliés ne faiblit pas, et la 10e armée du général Mangin atteint Courmelles, les abords ouest de Villemontoire, Parcy-Tigny, l’ouest du Plessier-Huleu, Rozet-Saint-Albin, tandis que la 6e armée du général Degoutte enlève Neuilly-Saint-Front, les hauteurs au nord-est de Courchamps et dépasse la ligne Priez-Givry. Face au succès de l’avance alliée, les états-majors des armées françaises espèrent même à plusieurs reprises pouvoir faire déboucher les divisions de cavalerie maintenues en réserve afin d’exploiter une percée et agir sur les arrières des armées allemandes, mais ils ne parviendront pas à le faire. Néanmoins, en deux jours, environ 17 000 prisonniers et 360 canons allemands sont capturés tandis que l’aviation alliée, omniprésente, abat 137 avions, incendie 23 drachens, et lance 123 tonnes de projectiles de jour et 86 tonnes de nuit.

L’objectif des alliés, la voie ferrée de Fère-en-Tardenois, n’est certes pas atteinte, mais elle est à portée de tir de l’artillerie française, ce qui suffit à contraindre la VIIe armée allemande au repli : dans la nuit du 19 au 20 juillet, l’armée allemande repasse la Marne et s’établit sur les hauteurs de la rive nord. Face à la menace grandissante de voir le front s’effondrer, le haut commandement allemand déploie également une nouvelle armée face aux 10e et 6e armées sur le flanc ouest de la poche de Château-Thierry, la IXe armée du général von Eben. Toutefois si le dispositif défensif allemand est réorganisé, il est nécessaire de raccourcir le front. Dans la nuit du 20 au 21 juillet, Château-Thierry est ainsi évacuée par les troupes allemandes tandis que le 21 juillet au soir, la 6e armée du général Degoutte atteint les abords ouest de Mont-Saint-Père, Bézu-Saint-Germain et Brécy. Au sud enfin, le 1er corps d’armée américain traverse la Marne et repousse les forces les plus avancées de l’armée allemande.

Le 26 au soir, et le 27, sous la pression franco-américaine qui menace Fère-en-Tardenois, nœud vital de communications, l’armée allemande décide de marquer à nouveau un mouvement de repli vers le nord, et reporte son front entre l’Ardre et l’Ourcq, laissant le champ libre à la 5e armée française qui lance ses escadrons de cavalerie à sa poursuite tandis que son infanterie reprend Villeneuve-sur-Fère, Fresnes-en-Tardenois et progresse au nord de Châtillon-sur-Marne. Devant le repli allemand, les ordres du commandement allié sont clairs : récolter les fruits de la contre-attaque lancée le 18 juillet et aller de l’avant, quelle que soit la fatigue des troupes, et empêcher l’armée allemande de se rétablir sur les plateaux au nord de l’Ourcq.

Ce premier succès n’est cependant qu’une étape, car il faut désormais, malgré la fatigue des troupes, enlever les plateaux du Tardenois et empêcher l’armée allemande de se replier sans pertes sur l’Aisne et la Vesle. Le 30 juillet, la 6e armée teste les positions allemandes sur tout son front mais se heurte à une vive résistance et la journée se passe surtout à récupérer de la fatigue des jours précédents.

Le recul de l'armée allemande jusqu'au 31 juillet 1918 ©BNF Gallica
Le recul de l'armée allemande jusqu'au 31 juillet 1918
©BNF Gallica

Au soir du 3 août 1918, il ne fait aucun doute que les troupes allemandes sont désormais déterminées à s’accrocher au terrain qu’elles ont préparé en amont, leur artillerie interdisant tout passage de la Vesle. En conséquence, la décision est prise de ne plus poursuivre l’offensive. En deux semaines, les 10e, 6e, 5e et 4e armées qui avaient participé à cette bataille avaient capturé 609 officiers et 26 413 hommes de troupes, les unités américaines avaient quant à elles fait prisonniers environ 8 000 hommes et les Britanniques environ 1 600. La seconde bataille de la Marne était achevée : les Alliés et leur chef, général Foch, promu maréchal de France le 6 août, avaient su faire face aux offensives allemandes dans le sud de l’Aisne et contre-attaquer, infligeant une sérieuse défaite à leur adversaire et accomplissant la première étape vers une offensive finale qui contraindrait l’Empire Allemand à demander l’armistice.

L'avancée jusqu'à la Vesle ©BNF Gallica
L'avancée jusqu'à la Vesle
©BNF Gallica

Un monument national pour la Seconde Bataille de la Marne

Commandé par l’Etat au sculpteur Paul Landowski en juillet 1926, le monument national de la Seconde Bataille de la Marne est classé monument historique le 31 juillet 1934, et inauguré le 21 juillet 1935 par le président Albert Lebrun.  Ce monument en granit se décompose en plusieurs ensembles que l’on découvre en gravissant le site. La statue de la France, non loin de la route, symbolise l’espoir et la victoire, avec son bouclier protecteur sur lequel figurent des personnifications de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité. Les quatre marches au centre de la butte Chalmont symbolisent ensuite les quatre années de guerre que les combattants ont traversées avant d’atteindre l’ensemble des Fantômes. Ce dernier représente huit hommes, les yeux fermés, cherchant leurs camarades disparus : une jeune recrue, un sapeur, un mitrailleur, un grenadier, un soldat colonial, un fantassin, un aviateur, et un jeune homme nu symbolisant le spectre de la mort sortant de son linceul. Lieu majeur de la mémoire de la Première Guerre mondiale reconnu pour sa valeur universelle exceptionnelle, le monument des « Fantômes » est inscrit depuis le 20 septembre 2023 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des Sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale du front ouest.

Le monument les ''Fantômes'' de Paul Landowski ©CD02

Une borne pour la mémoire


Elus, représentants de l'Etat, porte-drapeaux autour d'une borne rectangulaire blanche

Dans le cadre des commémorations du 105e anniversaire de la Seconde bataille de la Marne, afin de valoriser l’histoire des combattants qui luttèrent durant l’été 1918 et mettre en lumière ce monument historique majeur, une borne du réseau départemental « Aisne Terre de Mémoire » a été inaugurée en ce lieu le 18 juillet 2023.

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