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  • GUISE
  • 1914-1918

Publié le - Mis à jour le

29 août 1914, la bataille de Guise

Encore sous le choc de la confrontation avec les armées allemandes sur les frontières, les armées françaises sont en pleine retraite alors que s’achève le mois d’août 1914. Repliée dans l’Aisne et isolée en pointe du dispositif des armées françaises, la 5e armée du général Lanrezac doit faire face le 29 août 1914 à la 2e armée allemande près de Guise, tout en obéissant à l’ordre d’attaquer en direction de Saint-Quentin.

Colonne de soldats français en marche en août 1914 en Picardie ©Coll.dép. Aisne

Préparer la bataille

Persuadé que la 2e armée allemande qui fait face à la 5e armée française ne représente pas une menace, et que l’état-major allemand a sans doute laissé deux corps d’armée devant Maubeuge assiégée, l’état-major du général Joffre considère au soir du 27 août qu’il est plus pertinent que la 5e armée français lance une offensive en direction de Saint-Quentin vers l’Ouest, afin de combattre les arrières de la 1ère armée allemande, qui fait reculer depuis plusieurs jours le Corps expéditionnaire britannique, et ainsi soulager la retraite de ce dernier. Les directives du général Joffre sont audacieuses, car un succès face à deux armées allemandes attirées par cette menace et contraintes d’y faire face pourrait ralentir voire compromettre l’ensemble des plans allemands. Par ailleurs, la 5e armée devrait progresser sans soutien sur sa gauche, puisque le maréchal French annonce rapidement au général Lanrezac que les troupes anglaises ont besoin de repos et ne prendront pas part à l'attaque.

Les ordres reçus du général Joffre indiquant d’attaquer en direction de l’Ouest alors que toutes les dispositions pour attaquer au Nord étaient déjà prises sont pour le moins difficiles à mettre en place en 24 heures, mais le 28 août, le général Lanrezac ordonne au 18e corps d’armée de se préparer à attaquer en direction de Saint-Quentin, tandis que le 3e corps d’armée devra l’épauler sur sa droite. Ainsi, malgré les ordres reçus d’engager toutes les forces disponibles en direction de Saint-Quentin, le général Lanrezac, lucide sur les forces allemandes qui vont lui faire face dans la vallée de l’Oise en amont de Guise, décide délibérément de laisser le 1er et le 10e corps d’armée sur leurs emplacements, tout en obéissant aux ordres qu’il reçoit.

Plan de l'attaque de Guise du 28 août 1914
Plan de l'attaque de Guise du 28 août 1914

Lancer l’offensive en direction de Saint-Quentin

Le 29 août à l’aube, en exécution des ordres reçus, le 18e corps d’armée attaque en direction d’Homblières pour menacer la gauche de la 1ère armée allemande. La situation aux yeux du GQG est alors alarmante, car la 1ère armée allemande est signalée comme ayant déjà traversé la Somme près de Péronne. Après avoir franchi l’Oise à Ribemont et Séry-lès-Mézières à 6h du matin, des reconnaissances de cavalerie sont poussées sur la rive droite au nord et au sud de Saint-Quentin, afin de rechercher où se trouvent les troupes allemandes dans cette région.

Toutefois la situation évolue dans la matinée le 29 août : le 3e corps d’armée qui devait épauler la droite de l’attaque du 18e corps d’armée doit, comme depuis la veille au soir, faire face dès 10h45 aux troupes allemandes qui traversent l’Oise entre Guise et Autreppes à la faveur du brouillard, et ne parvient pas à progresser en même temps à l’Ouest pour soutenir le 18e corps d’armée. Par ailleurs, il apparaît très rapidement que dans la vallée de l’Oise ce ne sont pas quelques faibles éléments de la 2e armée allemande qui font face au 3e et au 10e corps d’armée français comme le GQG le pense, mais en réalité le 10e corps d’armée de réserve, le 10e corps d’armée et le redoutable Corps d’armée de la Garde prussienne.

Situation de la Ve armée le 29 août 1914 au début d'après-midi
Situation de la Ve armée le 29 août 1914 au début d'après-midi

 La 5e armée française, si elle ne veut pas disparaître, va désormais devoir contre-attaquer les corps d’armée allemandes, et non plus attaquer en direction de Saint-Quentin. Par conséquent, déjà refoulé d’Itancourt par des éléments du 7e corps d’armée de la 1ère armée allemande et du 10e corps de réserve de la 2e armée allemande, et ne pouvant attaquer seul vers Saint-Quentin, le 18e corps d’armée se replie en fin d’après-midi et repasse l’Oise : la bataille va désormais se jouer entre Guise et Vervins.

Faire face à l’attaque allemande

Le 29 août 1914 en milieu de journée, la bataille qui avait commencé près de Guise la veille prend désormais une véritable ampleur. Le brouillard s’est levé et le 3e corps d’armée, qui fait face aux 10e corps et au 10e corps de réserve allemands, reçoit l’ordre de tenir coûte que coûte, tandis qu’à sa droite le 10e corps d’armée français doit également faire face au corps d’armée de la Garde à Colonfay et Sains-Richaumont. Entre 10h et 12h, le village de Le Sourd est ainsi pris et repris à trois reprises tandis que les canons de 75 mm de l’artillerie française et les tirs d’infanterie mettent à mal la 1ère division de la Garde prussienne qui progresse malgré tout sur Colonfay.

Le général Lanrezac décide dès 13h d’engager sa seule réserve, le 1er corps d’armée, qui doit s’intercaler entre le 3e et le 10e corps d’armée, ces trois corps rassemblés recevant l’ordre de rejeter dans l’Oise les forces allemandes. Pendant ce temps, à l’extrême-droite du dispositif français, la 51e division d’infanterie de réserve et la 4e division de cavalerie devront tenter d’attaquer le flanc gauche de l’armée allemande.

A 17h30, l’ensemble du 1er corps d’armée passe à la contre-offensive générale aux côtés des 3e et 10e corps d’armée, ce qui achève de contraindre les troupes allemandes à stopper leur offensive. Seule la tombée de la nuit arrête la progression des troupes françaises, qui tiennent le nord du bois de Bertaignemont, Clanlieu, Le Sourd, et ont repris à l’armée allemande Puisieux, Colonfay et Voulpaix.

Alors que le jour se couche sur la journée du 29 août, les soldats des deux camps sont éreintés et les états-majors français et allemands se proclament vainqueurs de part et d’autre. Dans les faits, les troupes de la 5e armée française ont enrayé l’offensive de la 2e armée allemande sur l’Oise, et le général Lanrezac, conscient de ce succès, ordonne pour le lendemain au 18e corps d’armée de tenir l’Oise de La Fère à Brissy-Hamégicourt, tandis que les autres corps d’armée devront achever de repousser les dernières troupes allemandes encore au sud de l’Oise.

A l’aube du 30 août, ayant reçu l’ordre du général Joffre de rompre le combat et de se replier sur la Serre, le général Lanrezac transmet donc de nouveaux ordres à ses unités alors que celles-ci, conformément aux ordres de la veille, commençaient déjà à reprendre l’offensive au lever du jour. Le 31 août dans la matinée, la 5e armée dans son intégralité était repliée derrière la Serre.

Situation de la 2e armée allemande du 29 au 30 août 1914
Situation de la 2e armée allemande du 29 au 30 août 1914

Malgré la fatigue des combats et des marches, les soldats français exécutèrent à nouveau un repli qui les mèneront quelques jours plus tard jusqu’à la bataille de la Marne puis aux contreforts du Chemin des Dames, où ces hommes allaient connaître la guerre des tranchées et les multiples batailles qui se joueront dans le département de l’Aisne jusqu’en 1918. Cela se fera cependant sans le général Lanrezac. Soupçonné de critiques envers le GQG et d’une mésentente profonde avec le maréchal French, il est relevé de son commandement le 3 septembre 1914 par le général Joffre, officiellement pour avoir été trop hésitant et indécis dans la conduite des opérations, et se voit remplacé par le général Franchet D’Esperey.

Un monument pour se souvenir de la 5e armée et de son chef

Le monument de la 5e armée française, souvent également nommé « Monument Lanrezac » en hommage au chef de cette unité, sera réalisé à l’initiative de la ville de Guise, et inauguré le 28 avril 1929 en présence de nombreuses personnalités militaires et politiques, dont Paul Doumer, alors président du Sénat, le général Debeney, chef d’état-major général de l’armée française, représentant le ministre de la Guerre, et le général Hély d’Oissel, ancien chef d’état-major de la 5e armée, qui fit le récit de la bataille de Guise. Sur ce vaste mur, le général Lanrezac est mis à l’honneur ainsi que son état-major, en particulier car la mémoire de la bataille de Guise s’est construite en parallèle à l’œuvre de réhabilitation de la mémoire du général Lanrezac par ses proches.

Une borne pour la mémoire


Borne Aisne Terre de Mémoire à Guise ©CD02

Dans le cadre des commémorations du 110e anniversaire de la Première Guerre mondiale, afin de valoriser cette histoire et mettre en lumière ce monument qui honore les hommes de la 5e armée française qui ont combattu en août 1914 dans l’Aisne, une borne du réseau départemental « Aisne Terre de Mémoire » a été inaugurée en ce lieu le 1er septembre 2024.

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